No Panic No Pain

FLOHIO

Alphatone  |  2020
6 / 10
par Jeff  |  le 16 décembre 2020

Tous ceux qui connaissent Flohio vous l’affirmeront, sans l’ombre d’un doute : la MC londonienne est la next big thing du rap britannique, une personnalité féline au flow flamboyant, qui dépasse le strict cadre du grime dans lequel certains aimeraient l’enfermer, une artiste complète qui a pour seule et unique mission de mettre la concurrence à l’amende. Et depuis trois ans, Flohio et son entourage usent (et abusent un peu) de ce constat avantageux, prenant un malin plaisir à faire monter l’engouement autour de son premier vrai projet : peu de concerts pour créer l’attente, des os à ronger déguises en gros singles (« Hell Bent », « Wild Yout ») et des collaborations malines chez des artistes avec une grosse fanbase (Modeselesktor, The Streets) sont autant d’éléments qui font de cette première mixtape un petit évènement, dont le storytelling qui en a précédé la sortie se révèle pourtant être l’arme qui se retourne contre son propriétaire et lui tire une grosse balle dans le pied. En d’autres termes, les ambitions de Flohio ploient sous le poids démesure des espoirs que l’on avait placé en elle.

Nuançons quand même le propos afin de ne pas jeter ce beau bébé avec l’eau du bain. No Panic No Pain est un projet suffisamment bien pensé pour ne pas ranger Flohio dans la caisse des baudruches dégonflées. Disons plutôt qu’il est beaucoup trop scolaire et prévisible venant d’une fille qu’on avait appris à aimer pour l’espèce de menace permanente qu’invoquait son phrasé ciselé et sa technique irréprochable. Et sur ces deux points, No Panic No Pain ne déçoit pas avec une copie inattaquable déposée par Flohio sur notre bureau: l'écouter rapper sur "FLOFLO!" ou "Sweet Flows" est vraiment quelque chose de jouissif. Mais à trop jouer les bons élèves, la Londonienne se révèle incapable d’habiter le disque, d’y planter ces mauvaises graines qui le font dérailler, et d’en faire autre chose qu’une démonstration de force un peu stérile, un enchaînement sans réelle saveur de titres qui s’oublient trop vite. Il n’y a guère que quand elle s’essaie au chant que Flohio brille réellement ; et à ce titre, un morceau comme « Roundtown » nous donne un aperçu de ce qu’aurait pu, dû être le disque. Bref, un sacré rendez-vous manqué pour une artiste qui ne manque pourtant pas de qualités.