No Love Lost

The Rifles

Red Ink  |  2006
8 / 10
par Jeff  |  le 16 décembre 2006

Si je suis un grand admirateur de la langue anglaise, c’est en grande partie dû à la capacité de celle-ci à exprimer avec une impressionnante concision des idées que le français traduit – souvent approximativement ou maladroitement – en plusieurs mots alors que l’anglais n’a besoin que de quelques signes. Aussi, c’est avec une certaine impuissance que les plus fervents défenseurs de la langue française ont vu rentrer dans l’usage commun des mots comme « best seller », « blockbuster » ou « teaser ». On pourrait également citer « grower », un mot bien utile pour mes collègues anglophones, mais malheureusement encore trop peu souvent utilisé par chez nous. Pourtant, il est des plus indispensables. Il sert à décrire ces albums qui, au premier abord, ne semblent pas convaincre mais qui, au fil des écoutes, se révèlent être d’excellents compagnons. Chers lecteurs, No Love Lost, le premier album des Londoniens de The Rifles, c'est du 100% grower.

En effet, une fois terminée la première écoute, on ne peut s’empêcher de penser que cet album est d’une banalité confondante et qu’on ferait bien de le ranger illico presto dans la grosse boîte contenant déjà ces innombrables groupes en directe provenance d’outre-Manche et dont la durée de vie tient plus du papillon que de l’éléphant et auxquels une certaine presse nous avait pourtant promis un avenir brillant. Pourtant, ce serait une grave erreur que de se séparer de ce No Love Lost qui, malgré sa simplicité et son côté direct, ne se révèlera à vos esgourdes qu’après quelques écoutes attentives. Produit par Ian Broudie (ancien chanteur des Lightning Heads et producteur de The Coral ou des Zutons), No Love Lost cache derrière ses airs anodins un enchaînement particulièrement diabolique de titres énergiques et de singles potentiels, savants mélanges de punk et de pop. Entre version distinguée des Libertines, copie conforme de The Jam et clin d’œil occasionnel aux riffs acérés des Strokes, le groupe emmené par Joel Stoker distille avec beaucoup d’aisance onze titres qui sonnent comme autant d’hommages à l’Angleterre moyenne et à ces « lads » aussi assoiffés que désabusés qui peuplent les pubs londoniens à longueur de week-end.

A mesure que s’enchaîneront les écoutes du « grower » en puissance qu’est No Love Lost, il y a de bonnes chances pour que les mélodies efficaces des Rifles ne vous lâchent plus d’une semelle. Il est même fort probable pour que vous ayez également de plus en plus de mal à comprendre le succès démesuré dont jouit un groupe comme Hard-Fi.