N-Plants

Biosphere

Touch  |  2011
7 / 10
par Simon  |  le 26 juillet 2011

Sans le vouloir Geir Jenssen, mieux connu sous le pseudonyme Biosphere, est parvenu à prédire l'une des plus grosses tragédies de l’année. Tout commence par l’idée de réaliser un album autour du miracle économique d’après-guerre qu’a connu le Japon. Très logiquement, le Norvégien s’est penché sur l’industrie nucléaire, et une photo lui a rappelé à quel point les centrales étaient proches de la mer, souvent dans des zones connues pour être les épicentres de tsunamis passés. Biosphere a voulu faire une bande sonore dédiée à ces centrales nucléaires, traitant de leur design, leur localisation mais également de la question de leur sécurité.

Cette réflexion a débuté en février et s'est concrétisée par un album sorti ce mois-ci, le présent N-Plants. On ne refera pas l’histoire, mais un mois après le début de ses travaux, l’une des plus grave catastrophes nucléaires au monde frappait les lieux-mêmes de ces recherches. Pourtant, il ne faudrait surtout pas en déduire que N-Plants est un disque austère, ni même industriel. Au contraire il est particulièrement lumineux, très dense. L’ambient –techno du maître Norvégien touche une fois de plus à quelque chose de pur, tout en revenant à une certaine esthétique inspirée par les premiers élans techno – qu’ils viennent d’Angleterre ou de Detroit. On y entend les exploits ambient-electronic de Global Communication, les visions futuristes d’un Arpanet ou le rêve éveillé d’un Barbarella sous morphine. Bref, le beat est en retrait, presque electronica, et les claviers réveillent en nous le mythe du Mensch-Machine kraftwerkien, comme pour nous rappeler les dangers de l’union entre homme et science. Mais n’exagérons rien dans la dramaturgie qui nous occupe, tant il parait présomptueux de rattacher N-Plants à ce que nous connaissons aujourd'hui de la tragédie. Disons plutôt que ce disque s’impose comme une vraie réflexion globale sur la technologie dans toute sa beauté, et toute sa cruauté.

Etrange objet que nous propose ici Biosphere : un disque de très haute volée, marqué de manière involontaire par une certaine noirceur. Ce qui est sûr, c’est que si vous aimez le versant ambient du premier âge techno, vous aurez avec N-Plants matière à réflexion. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, disait le philosophe. Malheureusement.