Mouvement

Chaos Echoes

Nuclear War Now!  |  2018
8 / 10
par Albin  |  le 1 mars 2018

En 2015, les Français de Chaos Echoes se faisaient un nom en commettant sur Nuclear War Now! Transient, premier double album déroutant où cohabitaient gimmicks black metal, influences jazz, drones apocalyptiques, voix robotiques et cris étouffés. Tout aussi impressionnant que singulier dans son approche, l’album étalait son propos sur des compositions kilométriques.

Trois ans plus tard, le groupe revient à la charge, le bien nommé Mouvement sous le bras. Une impression de densité se dégage spontanément. Du format fleuve de l’exercice précédent (plus d’une heure), Chaos Echoes revient à un format beaucoup plus compact (33 minutes) et forcément plus immédiat. Pas d’intro, ni de tour de chauffe. La première face lance les hostilités sur un bref hurlement de deux secondes chrono, avant d’ouvrir les vannes d’un torrent de blast beats.

Violentes, directes et frontales, les premières mesures de Mouvement se savourent comme une crise d’épilepsie. Poussant le vice jusqu’aux limites de l’étouffement, le groupe ne relâche l’étreinte qu’au bout de plus de quatre minutes. Sur la deuxième piste, si le rythme se veut humainement plus acceptable, on ne peut en dire autant de la tension, sombre et électrisante, qui traverse cette première face de part en part. Au milieu des harmonies tordues et des chuchotements, la basse bute et rebute sur des thèmes à rebrousse poil. Rien ne sonne comme le voudraient les conventions et quand résonnent enfin les premières saillies du troisième morceau, c’est une terrible sensation de délivrance qui se manifeste l’espace de quelques secondes.

Tuons immédiatement tout suspense: tout au long de ses 33 minutes, entre estocades métalliques et drones psyché, Mouvement va multiplier les fausses aires de répit, comme pour mieux t’enfoncer la tête sous l’eau dans la seconde qui suit. On va même se permettre le luxe de spoiler la fin de ce récit d’initiation à la souffrance: peu importent ses accords de guitare en son clair et ses chants tribaux psalmodiés, le morceau final ne dérogera pas à la règle. Chez Chaos Echoes, l’infiniment sacré est en permanence confronté à sa négation. Malgré l’espoir entretenu d’une ultime rédemption, ce sont bien les grognements féroces qui émergent, balaient toute trace de lumière et s’imposent dans une dernière ligne droite fataliste, une sorte de combat perdu d’avance. En guise de coup de sifflet final, ces infâmes qui crient victoire en rappellent sévèrement d’autres, entendus au coup d’envoi de la première face.

Avec Mouvement, Chaos Echoes poursuit le travail entamé avec Transient et envoie valser tous les codes des musiques traditionnellement reprises sous l’étiquette « metal ». Ecrire que le groupe a profité des trois années qui séparent ses deux albums pour se recentrer sur l’essentiel apparaît comme une évidence. Transient sonnait comme un catalogue exhaustif de tout ce dont ces musiciens étaient capables. Son successeur indique que l’heure était venue de poser des choix, de faire le tri. On imagine aisément les longues heures passées à réécouter les premières bandes, à les élaguer, à couper dans tout ce qui dépasse, pour n’en conserver que la moelle : un concentré de musique brute et profondément dérangeante, débarrassée du moindre gramme de bonne intention. Pour toutes celles et ceux qui se sentent prêts à tenter l’expérience d’un disque dont on sort le souffle court, l’écoute de Mouvement en devient rigoureusement indispensable.