More Life

Drake

OVO Music  |  2017
4 / 10
par Ruben  |  le 10 avril 2017

1er octobre 2037, Toronto. Cela fait quelques mois que Drake, qui souffle cette année sa cinquantième bougie, a annoncé qu’il mettrait un terme à sa carrière après une ultime apparition au Air Canada Center de Toronto. Le concert, un show tout en démesure visant à célébrer trente ans de scène et de suprématie, a eu lieu hier soir. L'évènement a été retransmis en réalité augmentée dans 120 arènes aux quatre coins de la planète grâce à une nouvelle technologie capable de synchroniser hologrammes et effets pyrotechniques, et 2,5 millions de spectateurs ont pu assister simultanément au même concert - une prouesse technique à rendre vert de jalousie le premier président de la VIème République, Jean-Luc Mélenchon.

Les retours sur l’expérience sont cependant moins flatteurs, et nombreux sont ceux qui sont sortis désabusés voire déçus, particulièrement les fans de la première heure. Car malgré quelques clins d’œil à ses hits du passé, de nombreuses absences furent à déplorer - ce fut notamment le cas pour More Life, sorti en mars 2017, dont absolument aucun titre ne fut interprété hier soir.

A l’époque, on avait déjà ressenti une certaine animosité vis-à-vis d'un projet qui comportait certes quelques moments très forts (l’intervention bien sentie de Moodymann sur « Passionfruit », la confirmation du talent fou de Jorja Smith ou encore l’interlude flamboyant de Skepta) mais manquait cruellement de cohérence dans son architecture: Drake y passait d’un accent pseudo-jamaïcain à des sonorités largement inspirées de la scène électro de Détroit pour ensuite enchaîner sur un gros banger suivi d'une piste en mode dancehall/afro-beat. Comme sur Views, le Canadien ratissait large à dessein, afin de toucher le plus grand panel de consommateurs possible – une caractéristique méprisante attribuée aux artistes mainstream dont les disques perdent toute saveur au fil des années.

En 2017, Drake semblait confortablement installé au centre de gravité du hip-hop mais, en réalité, il ne savait déjà plus où donner de la tête. En effet, sur More Life, il s'était contenté de prendre la température du rap-jeu d'antan pour en faire une sorte de mash-up impersonnel et peu inspiré qui, vingt ans après, sonne toujours aussi faux. Faux comme les trois quarts d'un public davantage préoccupé par sa story Snapchat que par ce qu’il se passe sur scène, faux comme le flow du canadien sur « KMT » littéralement copié sur « Look At it » de XXXTENTACION, faux comme l'ensemble de sa discographie depuis qu’il a goûté au succès planétaire avec « Hotline Bling ».

Et ce sont bien évidemment les fans de la première heure, ceux qui ont sentis leur cœur de guimauve fondre en écoutant So Far Gone ou Take Care, qui en souffrent le plus et se réjouissent qu’en ce mois d’octobre 2037, la mascarade connaissent enfin son épilogue. Après trois décennies sur le devant de la scène, la carrière de Drake a pris une tournure si grandiose qu’au fil des disques, la magie a fini par disparaître. Et chronologiquement, More Life fut la première confirmation de ce triste constat.

Le goût des autres :