Modern Vampires of the City

Vampire Weekend

XL Recordings  |  2013
9 / 10
par Jeff  |  le 15 mai 2013

On peut tous se vanter d’avoir vu un grand groupe à ses débuts, quand les mecs galéraient encore à faire des premières parties pour des groupes pourlingues dans des salles tout aussi pourlingues. Quand c’était encore le chanteur qui vendait le merchandising et que tu pouvais sans le moindre problème taper le bout de gras avec le guitariste complètement épuisé par le mois de galère passé à arpenter les routes d’Europe dans un van qui sent le sûr. Ca fait toujours chier les potes quand on raconte ce genre d’histoires qui sentent forcément un peu la vantardise. Mais on s’en fout. On y était, on trouve encore ça über-cool dix ans plus tard et cela crée généralement un lien très spécial entre le groupe et sa petite personne.

Dans mon cas, c’est avec Vampire Weekend que j’entretiens cette relation que j’aimerais qualifier de privilégiée mais qui ne l’est pas vraiment. J’ai découvert le groupe avec sa première démo (qui était une version un peu moins polie de l’album qui allait suivre) et comptait parmi le bonne vingtaine de couillons qui avait fait le déplacement dans le Witloof Bar du Botanique bruxellois un dimanche de novembre 2007 tristounet, quand le groupe assurait la première partie des Gallois de Los Campesinos. C’était génial, j’ai cassé les couilles à pas mal de monde dans les jours qui ont suivi mais il faut croire que le maigre crédit que me conférait les quelques centaines de fans que comptait le site à l’époque n’a pas joué en la faveur du groupe.

Depuis, les mecs de Williamsburg ont plutôt bien géré leur barque, avec un album éponyme d’une rare fraîcheur et qui a permis à Paul Simon de se faire encore un peu plus de fric, puisque du jour au lendemain, des hordes de hipsters ont accepté l’idée que l’africanisant Graceland était un album sur lequel on ne devait pas forcément chier. Après, si la presse s’est enflammée pour Contra, je n’y ai vu qu’un disque de transition, qui voyait les New-Yorkais tracer leur propre voie – ou tenter de le faire. Avec à la clé quelques bons singles et pas mal de vide autour. Mais un disque qui prend tout son sens alors que débarque Modern Vampires of the City. Car ce troisième album, s’il n’a pas l’évidence pop du premier effort, se révèle vite être la version aboutie et frôlant la perfection d’un Comma qui croulait peut-être sous le poids de ses ambitions.

En effet, rarement on aura entendu Vampire Weekend maîtriser autant son sujet. Modern Vampires of the City, ce sont douze titres qui sont autant de réussites qui font oublier les comparaisons d’antan avec Paul Simon, les Talking Heads ou les Kinks. Certes, la bande à Ezra Koenig a été à bonne école et connaît ses classiques sur le bout des doigts, mais elle maîtrise désormais suffisamment son songrwriting pour que le jeu des comparaisons savantes n’ait vraiment plus lieu d’être. Mais l’écoute de Modern Vampires of the City est d’autant plus jouissive qu’elle procure instantanément un sentiment de satisfaction, directement suivi d’une envie folle d’appuyer à nouveau sur le bouton Play, tant on est convaincus que derrière ces titres qui stimulent instantanément les zones érogènes de notre cerveau, il y a une autre couche à gratter: celle de la beauté des arrangements, de leur dosage savamment pe(n)sé et de la retenue dans les envolées enthousiastes qui sont pourtant l’une des marques de fabrique du groupe.

Album certainement moins clinquant et hipster-friendly que ses grands frères, Modern Vampire of the City est le genre de disque à la hauteur de la campagne promotionnelle démentielle qui l’a précédé, celui qui mérite tout le buzz et les flonflons qui vont avec. C’est surtout l’album qui fait de Vampire Weekend un groupe désormais incontournable dans le paysage pop mondialisé. Un album impeccable, comme on les aime. Et comme vous allez l’aimer. Passionnément.

Le goût des autres :