Mes Larmes

Evil Grimace

Casual Gabberz  |  2020
8 / 10
par Louis  |  le 18 janvier 2021

Actif depuis 2013, le crew parisien Casual Gabberz maltraite les mâchoires et les nuits des clubbers lassés d’une techno souvent autoroutière, avec des sorties allant de la trance au gabber en passant par un genre dont on leur doit la paternité : le frapcore. Mes Larmes est le premier album d'un membre du collectif et la lettre d’adieu abrasive d’Evil Grimace, le tonton voleur de milk-shake à l’origine des hymnes « 3 Litres », « BIM BIM » et « Pour mes gens » (tous ici présents), et qui a déjà annoncé qu'il arrêterait la production après ce projet.

Sur Mes Larmes, on retrouve une bonne partie de l’ADN Casual Gabberz : une grosse influence hip-hop dans l’usage de samples, la rythmique des voix, les respirations comme des ad-libs ; un minimalisme démultipliant l’onde de choc à chaque kick ; et un hédonisme sans freins ni brèches. L’album s'arpente comme on parcourt les souvenirs d’une soirée dans un club interlope au plafond suintant de sueur, dans un hangar trop loin ou dans un champ à la terre tassée sous le passage d’un peuple inarrêtable. On y croise le pote qui laisse échapper sa frustration hebdomadaire et qui passera toute sa soirée les muscles bien galbés (« Mon RS te baise ta mère »), on s'y amuse avec les danseurs et les danseuses aux corps aériens, yeux fermés, léger sourires apaisés tandis que le son ne fut jamais aussi dur (« La la la »), mais on y chérit aussi ces moments de brève accalmie, où tout le monde se regarde, hochant la tête en rythme, quand les pupilles éclipsent les iris (« Hardcore »).

Krampf, autre membre éminent de l’équipe parisienne, cagoulé en Vanessa Hudgens période Springbreakers, annonçait pendant le set de Casual Gabberz lors du dernier Dour Festival l’absence d’Evil Grimace en raison de sa récente paternité. Sorti pour les deux ans de sa fille, le projet condense dans sa dernière partie, entamée par un interlude comme une invitation à remplacer Henri Dès par Goldie, sept années d’expérimentations, de violence régressive et de tristesse sous speed. La track concluant l’album, avec son sample testamentaire de La cliqua (« un dernier jour sur terre à passer, je fais mes adieux et renonce à tout ce que j’ai pu aimer ») et son field-recording de nuit pluvieuse, embaume à rebours les sensations résolument joviales que procure l’écoute de Mes Larmes, d’une profonde mélancolie à te faire chérir encore davantage ces moments de fêtes collectives dont la période ne cesse de nous rappeler le caractère tout à fait essentiel.