McCartney III

Paul McCartney

Capitol Recordings  |  2020
6 / 10
par Nico P  |  le 21 décembre 2020

Ainsi, comme tout sénior refusant de lâcher la rampe qui se respecte, Paul McCartney, 78 ans, aura profité du confinement imposé tout autour de la planète pour enregistrer un nouveau disque, forcément fait maison. Libéré de toutes contraintes de temps, et bien évidement d’argent, avec pour seul moteur son envie du moment, l’ancien membre des Beatles, ancien chef des Wings et ancien détenu de la prison de Kosuge, à Tokyo (où il fut incarcéré quelques jours, des années avant Carlos Ghosn, pour possession de deux sachets de cannabis, en 1980) a donc réalisé son album solo numéro 18 (ou 17, ou 20, tout dépend de ce qu’on décide de compter) dans son coin.

Qu’attendre d’un nouvel album de Macca en 2020 ? Pas grand chose. Sa seule survie est un miracle, mais ses albums récents, eux, sont plutôt anecdotiques. Son dernier grand disque, Chaos and Creation in the Backyard, est paru en 2005. Pour cette livraison, le seul fil conducteur semble être l’humeur du moment. Pour le dire simplement : c’est le bordel. Le gros blues qui tache de “Slidin’” côtoie un “Deep Deep Feeling” de plus de huit minutes, terrain de vagues expérimentations, mais aussi des variations pop classiques (“Find My Way”, “Pretty Boys” sur laquelle Paul McCartney n’a jamais sonné aussi fatigué). En fait, c’est sur sa deuxième face que ce McCartney troisième du nom se révèle vraiment, quand il se libère des artifices, retrouvant ses envies de pop tout à la fois grande et intimiste, débarrassée de la production finalement peu inspirée d’un Greg Kurstin qui avait fait plus de mal que de bien à Egypt Station en 2018. Belle toute nue, en somme.

Un album agréable donc, qui ne change rien à rien, qui ne réinvente ni l’homme, ni l’artiste, encore moins la face d’un monde qu’il contribue cependant à rendre un peu moins laid. L’attrait pour ce McCartney III, en fait, est ailleurs. Dans ce qu’il semble dire et prédire, bien malgré lui. Le premier McCartney, paru en 1970, était l’album de la rupture, celle des Beatles, sorti au moment de l’annonce de la séparation du groupe, et accompagné d’une feuille annonçant sobrement que le bassiste n’avait aucune intention d’enregistrer un nouvel album avec Lennon et les autres. McCartney II, lui, signe la mort des Wings, groupe avec lequel il a enregistré sept albums en studio. Deux disques qui ont donc en commun une envie, celle de jouer de tout, tout seul, mais aussi celle d’aller de l’avant, de rompre avec le passé, et d’entamer un nouveau chapitre.

Que peut bien annoncer McCartney III ? Voilà déjà bien longtemps que le légendaire bassiste n’avance qu’au gré de ses envies. Qu’il ne fait que ce qu’il souhaite, quand il le souhaite. Si la règle devait être respectée, nous aurions donc entre les mains l’ultime volet d’une trilogie offrant le liant entre plusieurs époques. Mais aussi, peut-être, l’ultime entrée d’une discographie. Le dernier album, un Au Revoir amical. Peut-être.