Matière Noire (Le chemin des choses brillantes)

Metek

Bad Cop Bad Cop  |  2015
8 / 10
par Aurélien  |  le 31 mars 2015

Quand je tombe sur un artiste français qui me plaît, je m'amuse toujours à imaginer les questions que je pourrais lui poser en interview. Dans le cas de Metek, j'avoue que j'ai séché. Ou plutôt, que le Parisien m'a donné une bonne raison de sécher: Riski, c'était un peu plus qu'un premier album en marge de ses activités au sein de ATK ou Noir Fluo. On se rapprochait davantage de l'autobiographie fantasmée, le bilan de la vie du rappeur qui raconte ses écarts de conduite ou encore sa relation avec son père. Un disque touchant sur le rapport du MC au temps qui passe, qui s'amuse à brouiller les pistes, entre fiction et réalité tout en demeurant très introspectif dans ce qu'il explore.

J'ai d'ailleurs été un peu déçu que le disque soit arrivé dans ma vie à un moment peu propice aux chroniques. Et d'autant plus déçu de constater que, malgré les engagements pris par le reste de la rédaction de GMD, il n'a finalement pas eu le papier qu'il méritait sur ces pages.

Au fond, ce n'est pas si grave: si j'avais dû parler de Riski à cette période, ç'aurait été un papier bâclé, minable, en décalage complet avec les ambitions du disque. Un truc complètement indigne d'un disque de rap aussi unique. Bien sûr, j'étais conscient d'avoir eu entre les oreilles un très bon disque. Mais ce n'est que plus récemment que j'en ai saisi sa portée: il faut se laisser des semaines pour réaliser que ce disque ne se laisse pas facilement dompter. Esthétiquement irréprochable, il continue encore aujourd'hui de dévoiler ses secrets aux plus attentifs. 

A celui qui pense que Matière Noire arrive pour faire un peu de sous avec quelques outtakes, on répondra qu'il n'en est rien: cet EP n'a pas grand chose à voir avec son aîné. S'il est impossible de contester une certaine forme de continuité – le storytelling quasi-cinématographique joue – Metek évolue ici dans la fiction de son alter ego Riski, là où il s'amusait davantage à brouiller les pistes entre vrais faits d'armes et pure invention sur l'album évoqué plus haut.

Tantôt maître-chanteur, tantôt maître de cérémonie, on pense parfois à Young Scooter dans sa façon qu'il a de poser un refrain qui saura envoyer le morceau dans la stratosphère. Et quelque part, la comparaison n'est pas innocente: il y a dans le rap de ces deux aliens quelque chose d'extrêmement enfantin. Une approche singulière mais spontanée qui n'a besoin que d'une étincelle pour que tout s'embrase. 

Alors c'est vrai, il y a le problème de la durée. Comme sur Riski. Tout a beau être à sa place, on trouve le moyen de se plaindre. La vérité c'est qu'on aurait envie que Metek se viande (un peu), tente l'expérimentation de trop, celle qui nous ferait dire qu'il n'est pas invincible. Pourtant voilà deux projets qu'on l'entend défier sa zone de confort: qu'il brûle en Metek l'âme d'un chanteur soul au bord de la rupture d’anévrisme ("Lexotril"), d'un dealer soucieux d'agir en bon père de famille ("Un Peu Aigri") ou celle d'un cosmonaute popstar ("Matière Noire"), toutes les incarnations de sa complexe personnalité se transforment invariablement en des morceaux d'une justesse et d'une beauté infinies.

Autant de raisons de penser qu'il continue d'être la plus belle anomalie du rap français, le genre qui n'arrive qu'une fois tous les dix ans et dont on chérit la rareté.