LP

Mary Bell

Le Turc Mécanique  |  2017
8 / 10
par Michael  |  le 10 janvier 2017

L’année 2016 ayant été de toute beauté pour la musique made in France (on pense au triangle d’or Born Bad / Le Turc Mécanique / Teenage Menopause et les albums de Julien GascDelacave69BalladurLe Villejuif Underground ou François Virot), on ne peut que s’attendre à ce qu’il en soit de même en 2017, surtout au vu de ce qui est d’ores et déjà annoncé. Et c’est le Turc Mécanique qui dégaine en premier avec la sortie de ce premier album de Mary Bell qui met, d’emblée, la barre bien haut question ramonage de conduits, violence noise, déflagrations punk et réminiscences grunge. Tout un putain de programme donc.

Avec une pochette digne d’un cauchemar de Charles Burns, les parisiens déroulent 13 titres dont la plupart passent sous la barre des deux minutes trente - et dieu sait que les albums courts de nos jours se font presque aussi rares que les bonnes intentions sous les crampons de Joey Barton. Ça fait donc déjà un bon point. Le deuxième bon point est pour le son: poisseux, râpeux et cinglant, tout ça en même temps. Et puis enfin, la musique. Et là, aussi, rien à redire: une guitare aussi grasse qu’un nugget KFC, une basse sale comme un herpès qui suinte, un batteur qui a tout compris à ces gros trucs qu’on appelle communément des toms, et une voix dont chaque éraillement est aussi jouissif qu’un coup de ciseau dans un giallo de Mario Bava.

Nous voilà donc face à un groupe que l'on croirait tout droit sorti du Minnesota ou de l'Ohio de 1992, mais troisième bon point et non des moindres : les morceaux sont très bons. Le boulot est si bien exécuté et fait avec tellement de conviction que ces contingences et rapprochements temporels et géographiques n'ont pas grande importance. On est en France en 2017 et cet album fonctionne très bien de bout en bout. La plupart du temps jouant pied au plancher, Mary Bell prend néanmoins le risque de ralentir aussi le tempo pour des titres tels que "Shit On The Parkway" ou "The Parade", qui gagnent alors en garbure et en lourdeur. De la hargne crachée de "Please No" ou "I Hate You" à la rage plus rentrée de "Trash Tongue" ou "Bitmolette" (quel titre!), on ne peut que saluer une maîtrise et un savoir-faire qui impressionne quand même pas mal pour un premier album. Il n'y a pas à dire : 2017 est une année qui commence bien.