Many Moons

Martin Courtney

Domino Recording Co  |  2015
7 / 10
par Hugo  |  le 11 décembre 2015

Quand je regarde une vidéo sur Internet, j'ai dû mal à m'empêcher de jeter un coup d'oeil aux commentaires qui l'accompagnent. Si le sujet de la vidéo revêt un quelconque caractère polémique, les sensations fortes y sont généralement garanties. A l'instar du zapping ou de run the gauntlet pour d'autres, ce petit coup de scroll descendant, cette pulsion perverse et régressive, c'est un peu ma façon à moi de m'encanailler avec la lie de l'humanité. Ca me permet surtout de ne jamais oublier que l'être humain n'est pas très bien classé dans le championnat de moralité des espèces vivantes - 456ème, entre la hyène et les orties. Bref, rien de tel pour prendre soin de sa misanthropie.

Et puis parfois, il m'arrive de tomber sur des commentaires vraiment chouettes, des trucs mignons tout plein qui me remettent un peu de baume au coeur. Ca m'est arrivé il y a quelques années sur une vidéo de Real Estate. Le morceau, c'était "Beach Comber" (peut-être leur meilleur). Le commentateur expliquait que son écoute avait provoqué chez lui sa démission, l'achat d'un van et qu'il avait fui par la côte. A ce jour, on est toujours sans nouvelles de lui. J'ose espérer qu'il est quand même pas en train d'écouter Tryo en ce moment et que depuis il s'est fait un shampooing.

Il n'empêche que je suis gré à cet inconnu de m'avoir permis de comprendre pourquoi j'aimais Real Estate. C'est vrai que l'optimisme qui se dégage des arrangements de ce quatuor du New Jersey flirte avec l'idéalisme. Bizarre que des chansons aussi romantiques te donnent à ce point envie de tarter ton patron. Malheureusement, il est impossible de différencier par le style un seul album de leur discographie tant leur formule de base est restée inchangée, à l'inverse d'un groupe comme Grizzly Bear par exemple. Et c'est un peu le problème avec Real Estate: ses morceaux, aussi agréables soient-ils aux premières écoutes, sont un peu l'antithèse d'un grower et d'une légèreté telle qu'ils s'effacent avec le temps.

Dans ces circonstances, que peut-on attendre de Many Moons, le premier album solo de Martin Courtney, guitariste et chanteur du groupe ? Déjà, pour la surprise on repassera. Contrairement au side-project Ducktails de son collègue Matthew Mondanile, on n'est pas très loin ici de la resucée des balades rurales du groupe originel. On notera quand même l'accompagnement bienvenu de violons, notamment sur la très jolie "Foto". Les arrangements sont d'un goût plus douteux sur le morceau instrumental éponyme, où la guitare type western canin vient s'acoquiner avec une flûte traversière complètement cucul la praline.

Malgré cette forme un peu convenue, il faudrait être un peu de mauvaise foi pour bouder son plaisir devant Many Moons tant la formule fait à nouveau mouche, notamment sur la première partie de l'album. La seule incertitude est donc de savoir combien de temps encore le plaisir de se faire balader par Martin Courtney et sa bande durera.