Lowkey Superstar

Kari Faux

Change Minds Records  |  2020
7 / 10
par Émile  |  le 6 mai 2020

Il y a quatre ans, on découvrait Kari Faux avec les percutants Lost En Los Angeles et Primary, qui avaient scellé l’importance de la place de la rappeuse aux Etats-Unis. Mais tous ces projets nous laissaient avec un léger goût de trop peu. Une petite trentaine, puis vingtaine de minutes, ça nous semblait effectivement trop peu pour en ressortir sans avoir encore faim. Lowkey Superstar était donc l’occasion de nous en mettre plein la vue et de planter le drapeau Kari Faux dans une scène hip-hop américaine qui compte peu de membres de ce niveau. Et bien non, la rappeuse de l’Arkansas a décidé que seize minutes d’album étaient largement suffisantes pour dire ce qu’elle avait à dire. Un choix qui aurait pu nous exaspérer un peu, voire nous décevoir, si on n’était pas là où on en est.

Mais on est où, alors ? Il faut dire qu’au niveau de la production d’albums, 2020, ce n’est pas 2010, et ce n’est même pas 2015. Si l’histoire de la musique depuis le milieu du 20e siècle s’est construite autour du concept d’album, les choses changent. Le streaming, la prépondérance de la notion de flux dans la création artistique comme dans sa consommation, tout participe à un paysage musical qui ne se définit pas intégralement à travers la sortie qui va modifier l’échiquier. Les albums sortent, se distinguent des EPs, des mixtapes ou des singles, mais les choses ne sont, de fait, plus comme avant.

Pas que la chronique n’ait plus son rôle à jouer, mais comme on l’avait fait pour l'avant-dernier disque d’Earl Sweatshirt, il y a une adaptation à faire. Chez Kari Faux, huit morceaux qui ne dépassent jamais 2'30'', c’est pire encore que chez Earl, et pourtant. Pourtant le résultat est là : Kari met le feu grâce à un mini disque dans lequel elle rend hommage au hip-hop old school qui l’a tant inspirée, tout en se mettant au niveau – voire au-dessus – de tout le monde en terme de bangers modernes. Son univers est toujours celui d’un rap étasunien très caractéristique : le basket, une certaine révolte, la mode, une certaine sexualité ; mais elle parvient à toucher du doigt le groove ultime du début des années 1990 sur « While God Was Sleepin’... » tout en surclassant son époque sur « Look At That ».

Est-ce que Lowkey Superstar est un grand disque ? On sent bien que ce n’est pas la bonne question, et que Kari Faux n’en a rien à secouer. Produisant dans la forme qui lui convient le mieux et se moquant des questions qu’on se pose sur elle, elle donne la seule réponse qui lui importe : Kari vit comme une superstar, parce qu'elle en a clairement le potentiel.