Kagabas

Lion's Drums

Lion's Drums  |  2021
8 / 10
par Camille  |  le 26 février 2021

La scène se déroule à Santa Marta en Colombie, dans un village des montagnes de la Sierra Nevada. Comme pour de nombreux peuples indigènes, leur habitat naturel se voit rongé par le capitalisme et les jeunes vont chercher de meilleurs jours dans les métropoles. Là où nous trouvons chaque jour plus de moyens de déporter notre mémoire sur des technologies externes, les peuples natifs transmettent leurs savoirs et leurs traditions à l’oral, employant comme vecteurs la musique et la chanson. 

Accueilli une semaine par la Máma, ce guide spirituel et intellectuel du village qui garde la mémoire de la civilisation, le producteur Lion’s Drums (que vous connaissiez peut-être déjà sous le nom d'Abstraxion) a eu l’autorisation d’enregistrer ces chansons qui célèbrent des concepts comme les animaux (« Snake », « Deer »), les émotions comme le rire, ou encore la mort. Il nous délivre dans cet album des voix affranchies de toute influence externe, nous plonge dans l’environnement sonore, et met tout ce petit monde en musique dans un mélange de field recordings et de compositions de son cru où ambient et house conversent poliment.  

Notre oreille se retrouve davantage sollicitée lorsqu’elle est guidée par cette voix car le langage nous est inconnu, et l’on essaie de s’attacher aux émotions qu’elle semble ressentir et transmettre. On reconnait un rire au début de « Snake » et l’on matérialise aisément le visage d’une vieille dame aux yeux rieurs qui se cacherait derrière. Au fur et à mesure de l’écoute, on s’approprie cette musique comme une nouvelle langue qui nous permettrait de communiquer avec une culture qui semblait pourtant si lointaine. Lion’s Drums aplanit les frontières en douceur et l’on s’imagine danser sur les percussions de « Deer » dans une nature verdoyante. 

Écouter Kagabas, c’est remettre en cause notre vision ethnocentrée de la musique. Loin des terres que l’on connait, Harold Boué alias Lion’s Drums est parti à la recherche d’une musique qui redonne tout son sens à l’universalité du langage, à ce qu'il a de plus fédérateur. Éthique et respectable jusqu’au bout, le Français reversera les bénéfices de cet album à l’association Nativa qui lutte pour la replantation des arbres et la défense des terres natives. Écouter Kagabas, c’est se retrouver loin des échos médiatiques de la pandémie, en suspension dans un espace-temps qui fait du bien à l'esprit et au moral. 

Le goût des autres :