Jump Out The Window

Orouni

Monsterk7  |  2008
7 / 10
par Jeff  |  le 27 décembre 2008

Il y en a qui ont vraiment le chic pour me caresser dans le sens du poil, je vous jure. Il y a quelques semaines a atterri dans ma boîte un mail signé Orouni et m'encourageant à découvrir le nouvel album de ce jeune Parisien. Pour me convaincre du bien-fondé de sa requête, Orouni me sort alors de son chapeau magique deux références censées attendrir la bête immonde qui sommeille en moi et qui n'a pas la moindre envie de torcher un papier indigent sur un inconnu signé, qui plus est, sur un micro label: la bande originale de Juno et le superbe dernier album de Shearwater. Cette chronique, tout sauf indigente (espérons-le), est donc la preuve que ce cher Orouni a eu le nez plutôt fin – avec de telles tactiques, je suis convaincu que ce mec sait y faire avec les femmes, mais je dévie.

Juno et Shearwater donc. Deux points d'ancrage solides avant même de commencer l'écoute de Jump Out The Window. Pour le coup, j'ai pourtant envie de dire qu'il y a eu petite tromperie sur la marchandise. Je ne retrouve pas sur ce deuxième album du songwriter parisien le folk lyrique et intense de Johnathan Meiburg ou l'antifolk attachant de Kymia Dawson qui constitue la moelle épinière de la bande originale du film de Jason Reitman. Orouni, espèce de sale menteur, au bûcher? Pas du tout. Car si de folk ou d'antifolk il n'est pas vraiment question sur Jump Out The Window, cela n'empêche pas Orouni de s'en sortir plutôt bien dans un genre par ailleurs timidement représenté sur la bande originale de Juno, la twee pop à la Belle & Sebastian. Album frais et printanier empli de mélodies tantôt galopantes, tantôt mélancoliques (mais invariablement attachantes), Jump Out The Window respire la sincérité par tous les pores. Toutefois, si les artistes sincères pullulent, on ne peut pas en dire autant de ceux appartenant à la catégorie 'talentueux'. Qu'Orouni se rassure, ces deux qualités lui vont comme un gant. Malgré une mise en bouche légèrement poussive (« Panic at the Beehive ») sur laquelle le jeune garçon, à trop vouloir courir derrière ses modèles, s'essouffle et laisse transparaître son manque de maîtrise de la langue de Shakespeare, le disque atteint rapidement une agréable vitesse de croisière déterminée par des orchestrations de poche en pagaille, une dualité vocale garçon/fille fonctionnant à merveille et une douceur globale à toute épreuve.

Symbole d'une scène parisienne en pleine forme, Orouni séduit et assume avec beaucoup d'humilité les nombreuses maladresses qui parcourent un Jump Out The Window à placer parmi les agréables surprises de cette fin d'année. L'écriture doit encore s'affiner et quelques cours d'anglais ne seraient pas superflus, mais on tient à l'évidence d'excellentes bases et l'optimisme est forcément de mise.