Interstellar

Frankie Rose

Slumberland Records  |  2012
8 / 10
par Pauline  |  le 26 avril 2012

Slumberland Records est depuis 20 ans le bébé de Mike Schulman, fan de pop indépendante et chercheur de nouveaux talents. Schulman a pris la tête du label en 1989, et a essayé depuis de faire la part belle à la création autant qu’à l’hommage. Sa casquette de fan et d’érudit lui fait parfois reluquer le passé d’un œil un peu trop insistant, d’autant plus qu’il est quasiment le seul à avoir tracé les décennies sans jamais arrêter l’activité de son fourmillant label. Ce dont Schulman est plus que conscient, c’est qu’en tout fan de pop indé vit la conviction que le genre est mort à la fin des années 90. Tout ce qui se fait depuis n’est qu’invasion de sépultures, revival de vieux groupes oubliés ou jeunots qui tentent de faire du bouche à bouche au miracle atmosphérique et aux envolées lyriques des anciens. Frankie Rose, tel un serpent musical, ondule entre ces plaines minées, et propose son premier disque avec la naïveté d’une enfant et l’impertinence d’une ado en crise. Et elle semble dire fièrement: avant moi, le déluge.

Car la jeune femme vit à Brooklyn, vivier du renouveau pop des années 2010, et a déjà sur son CV des participations à deux groupes de filles (les Dum Dum Girls et les Vivian Girls) aux postures de cool kids. Elle a les deux pieds solidement ancrés dans le présent et joue très habilement sur les codes nostalgiques de notre temps. Pas question pour elle de se laisser aller aux regrets, comme tant de groupes récents. D’emblée, elle annonce la couleur dans un premier morceau atmosphérique, "Interstellar": elle semble nous dire que si elle sait bien que rien ne se créée, tout se transforme, cela ne l’empêche pas de s’en amuser en condensant et dépassant 20 ans de pop indépendante en 3 minutes. Frankie Rose joue tour à tour sur les guitares saturées, l’abus de réverbération, les boîtes à rythme, en y ajoutant des touches personnelles: ses lignes de basse imparables, sa voix qu’elle dédouble en une chorale de clones et son sens affûté de la mélodie, qui prend tout son sens à mesure que le disque se déroule. En gros, la demoiselle applique les codes de la pop tout en les dépoussiérant et en les remodelant à son image.

L’âme de la musique de Frankie Rose se dévoile dans un son ample bien que solitaire, et autour d’elle-même elle déroule tout un orchestre de synthétiseurs et de sons électroniques utilisés avec beaucoup de justesse. Frankie Rose construit ses morceaux autour de rêves expressionnistes de post-adolescents : l'Américaine tourne en orbite autour des planètes, du ciel, de l’espace… Elle s’éloigne de l’ambiance resserrée des albums de ses ex-camarades des Dum Dum Girls pour se lancer à corps perdu dans l’univers dream pop, mouvement sensé s’inspirer d’états narcoleptiques et voguant sur des thèmes vastes et irréels. En cela, elle ressemble aux grands groupes des années 90 comme My Bloody Valentine et Ride. Car si les moyens sont dépassés, le sentiment, lui, est éternel.