In My Feelings. (Goin' Thru It)

Boosie Badazz

 |  2016
9 / 10
par Tariq  |  le 4 février 2016

Ces dernières années ont été une interminable traversée du désert pour Torrence Hatch, aka Boosie Badazz. Après avoir frôlé le couloir de la mort pour une sombre affaire de meurtre, le rappeur est innocenté puis libéré en 2014. Loin de s'éroder durant son incarcération, sa cote de popularité n'a cessé de grandir - par chez nous, tout le monde a en mémoire le "Libérez Bison et Lil Boosie!" de Kaaris.

En novembre dernier, on diagnostique un cancer des reins au MC de Bâton-Rouge. L'inquiétude des fans est cependant rapidement apaisée puisqu'il déclare, un mois plus tard, que sa tumeur cancéreuse a été soignée. Autant dire que le mec a regardé la mort dans les yeux à plusieurs reprises ces derniers temps. Qu'il puisse encore sortir des disques tient quasiment du miracle.

De ses expériences tragiques, Boosie tire le blues et la mélancolie qui habitent son rap. Sur « The Rain », l'intro de son dernier album, seules quelques gouttes de pluie soulignent un débit proche de la conversation. Des tremblements dans la voix, il décrit des visions d’horreur : les potes au cimetière, ce cancer qui le ronge de l’intérieur… Et la pluie continue de tomber, de plus en plus drue…

Pourtant la musique de l'ancien protégé de Pimp C n’est pas uniformément sombre. Dans la plus pure tradition louisianaise, Boosie chante pour exorciser ses démons, transmettre un message, un héritage. Ses morceaux ne sont pas plombants, ils sont emplis d’énergie, de foi et d’espoir. Un paradoxe illustré par le titre « Smile To Keep From Crying ».

De la trap music, In My Feelings ne conserve que les basses électroniques qui vous soulèvent le thorax. La production est truffée d’éléments étranges ou sortis d’une autre époque : le xylophone cheap de « Stressin’ Me »,  les nappes sous-marines de « Bad Guy », les textures distordues de « Call Of Duty » ou les bruits inquiétants et mécaniques de  « Forgive Me For Being Lost ». Des tonalités bizarres, difficiles à identifier. Souvent aquatiques, parfois aériennes, qui nous plongent, tout comme la pochette de l’album, dans les entrailles du rappeur.

La douleur n’est pas seulement mentale, elle est tangible, physique. D’où cette voix nasillarde, constamment entre l’apitoiement et le sursaut de fierté. Qu'il fredonne (« The Rain »), crache sa peine (« Call Of Duty ») ou dégaine sa plus belle pop song (le touchant « I Know They Gone Miss Me »), le bad ass sonne toujours juste et sincère. Quel autre rappeur aurait pu se mettre dans la position de victime d'une relation amoureuse ou sortir « Sometimes I need me a friend / I got no one to call », sans sonner profondément niais et racoleur?