House Of Balloons (Original)

The Weeknd

XO  |  2021
10 / 10
par Ruben  |  le 9 avril 2021

Nous sommes en 2011 : Jay-Z et Kanye West survolent le rap US avec Watch The Throne, le grand Nate Dogg vient de nous quitter et les LMFAO dominent les charts avec le terrifiant « Party Rock Anthem ». Pour autant, de nombreux projecteurs sont braqués sur Toronto, une scène en pleine ébullition qui regorge de talents bruts, et dont le chef de file est un certain Aubrey Graham. À l’époque, la notoriété de Drake – qui n’a même pas encore sorti Take Care – est telle, qu’il peut déjà se permettre de lancer ses poulains dans le grand bain. Ceux qui étaient là, sur Twitter, en ce 21 mars 2011, se souviendront du tweet très solennel d'OVO Music : « THE WEEKND * HOUSE OF BALLOONS~: Download HERE ». 

Les milliers de curieux à l'affût des moindres faits et gestes du label de Drake et qui lancent donc l’écoute de House of Balloons sans aucunement savoir où ils mettent les pieds, comprennent très rapidement que ce mystérieux The Weeknd est destiné à faire de grandes choses. Dès les premières notes de « High For This », on est happé dans un univers sans point de comparaison possible avec ce que l'on a entendu jusque là, et on achète les yeux fermés notre billet pour un voyage dont on ne ressortira pas indemnes. Avec cette flow mi-chanté mi-rappé d'une sensualité comme on en a plus entendu depuis D'AngeloAbel Tesfaye navigue sur des instrumentales fumeuses empruntant à la trap, mais dont les refrains peuvent soudainement prendre un virage très pop et coloré. Le contraste du projet est redoutable et poignant ; c’est ce qui fait sa force. House Of Balloons est un condensé d’émotions pures, exposées avec maturité et élégance, et dont les textes introspectifs balancent sans cesse entre machisme assumé et romantisme mielleux. « The Morning », « Wicked Games », « The Party & The After Party »… les sans-fautes s’enchaînent à un rythme effarant et, en bouclant les neufs premières pistes de la discographie de The Weeknd, on sait pertinemment que l’on a devant nous une future superstar de la pop.

Après des débuts si prometteurs, tout va évidemment s’enchainer pour The Weeknd, qui décrochera rapidement un premier single de platine avec « Wicked Games ». Dans la foulée, le Canadien sortira une deuxième mixtape, Thursday ; puis une troisième, Echoes Of Silence ; puis un premier LP, Kiss Land ; puis ira chercher un premier Grammy Award pour « Earned It » ; puis décrochera un premier disque de platine avec Beauty Behind the Madness,... Pas besoin de vous faire de dessin : l’ascension de The Weeknd est fulgurante, et totalement méritée au vu du talent infini du bonhomme. Ainsi, celui qui arpentait les rues glaciales de Toronto à la recherche d’un domicile fixe, se retrouve, dix ans plus tard, à l’épicentre du mainstream, c’est-à-dire sur la pelouse du LXème Super Bowl pour assurer le mythique show de la mi-temps, devant des centaines de millions de téléspectateurs.

Afin de fêter dignement une décennie de succès à la courbe exponentielle, The Weeknd a décidé de ressortir son premier projet dans une « version originale » comprenant tous les mixes et samples authentiques, dont les droits d’auteur n’avaient pas pu être obtenus en 2011. Les différences sont légères : une voix timide d’Aaliyah sur « What You Need » ; un sample des Cocteau Twins rajouté sur « The Knowing », qui ne bouleverseront pas l’appréciation globale du projet. Car si ces quelques retouches sont agréables et accentuent parfois l’immersion, The Weeknd cherche avant tout à ouvrir son back catalogue au grand public, qui le connaît désormais plus pour ses collaborations avec Max Martin et Daft Punk que pour ces premières mixtapes, qui ont pourtant un rôle essentiel dans la mutation du R&B ces dix dernières années. Ceux qui ont pris le wagon en route à l’époque de « The Hills », de « Starboy » ou même de « Blinding Lights » ne connaissent probablement pas le Abel Tesfaye de 2011 – et pourtant c’est bien à cette époque que The Weeknd a été le plus étincelant, le plus novateur. Preuve à l’appui : les singles de House Of Balloons n’ont pris aucune ride. Seconde preuve à l’appui : et bien, disons qu'il vous suffit de prendre quelques instants pour lire notre chronique de son dernier album, After Hours.

Dans le cahier des charges d’un rédacteur GMD, attribuer la note maximale à un projet demande une certaine justification, une certaine retenue ; le 10/10 étant uniquement réservé à ces disques intemporels, qui façonneront un pan entier de la musique contemporaine, et que les générations futures continueront à chérir. C’est exactement le cas de House Of Balloons, un projet qui mérite amplement l'appellation d'avant-gardiste, et qui aura influencé la musique pop comme peu de disques l'auront fait avant et après lui. 

Le goût des autres :