Herstory in the Making

Young M.A

M.A Music  |  2019
6 / 10
par Yoofat  |  le 29 octobre 2019

Lors de la défunte saison de NBA, les Brooklyn Nets se sont imposés comme la franchise sur laquelle compter à New York. En même temps, avec les Knicks pour voisins, pas vraiment besoin de se faire du mouron. Néanmoins, la saison des hommes de David Atkinson a été remarquable à bien des égards : un jeu spectaculaire, une énergie communicative et un Barclays Center conquis par la bande à Caris Levert sont les ingrédients d'une saison qui a dépassé bien des attentes. À l'image de la franchise de son quartier natal, on décelait un potentiel intéressant chez Young M.A, mais pas beaucoup plus.

Douée, brillante, parfois même incroyable, l'auteure du tube "OOOUUU" peut s'appuyer sur des qualités de freestyleuses indéniables, mais cela ne reste que du freestyle. Des brûleurs de microphones, les États-Unis en ont connu et en connaissent des milliers. Et bien que ces derniers soient évidemment des artistes prodigieux, ce ne sont malheureusement pas ceux qui convertissent le mieux leur maîtrise absolue de la langue en belle musique. Demandez à Papoose, à Chino XL ou à Locksmith. Tout n'est pas si facile, tout ne tient qu'au MC et à ses ambitions.

Pour Herstory in the Making, en tout cas, l'objectif de Young M.A est d'une noblesse à toute épreuve : garder l'essence de freestyleuse qui la caractérise tout en parvenant à se montrer plus introspective que lors d'un freestyle radio. Dans un premier temps, les bonnes rimes, les jeux de mots pleins d'esprit et les placements rythmiques inventifs fusent et sont évidemment l'attraction principale de l'album. La nonchalance de la jeune rappeuse pèse sur le disque et alourdit considérablement ses phases. C'est fou ce que ce flow lent et posé la rend cool. 

Il y a un élément de langage qui différencie Young M.A de ses coreligionnaires : elle évoque à de très nombreuses reprises sa bite. Oui, sa bite. On est intrigués d'abord, on en rit ensuite avant de ne plus du tout relever cette spécificité. On finit simplement par accepter que Young M.A a une bite et que ses relations, amoureuses ou non, suivent le même schéma que ses homologues masculins : elle en espèce de gourou charismatique, attirée par les belles dames aux courbes généreuses, entourée de femmes fascinées par son style, hypnotisées par la thune qu'elle brasse.

Comme pour nos rappeurs masculins cisgenres préférés, il y a également cette femme spéciale, celle qui a trouvé le code pour débloquer les émotions enfouies au plus profond du mâle alpha. Celle qui parvient à humaniser cette personne trop froide et trop cool pour être réelle. Bien que plutôt réussie, parfois émouvante, voire même attendrissante, cette partie du disque traîne en longueur et plusieurs titres viennent s'ajouter à la longue liste de ceux qui paraissent dispensables. Loin d'être ratés, certes, mais dispensables. On adore cependant l'authenticité affichée par Young M.A, ce genre de personnalité qui maîtrise la lumière des strass et des paillettes autant que l'ombre du béton et des histoires du sous-sol.

DeAndre Jordan, Kyrie Irving, Kevin Durant... La saison 2019-2020 des Brooklyn Nets ne sera pas du tout la même que la précédente. Les attentes seront plus grandes, les ambitions aussi, et il faudra très vite montrer qu'un palier a été franchi sous risque de voir cette si belle hype s'effondrer. Young M.A et les Nets ont tout en commun : elle est déjà comparée au 50 Cent de la grande époque avec un premier album qui, objectivement, n'arrive pas à la cheville de Get Rich Or Die Tryin', de la même manière que les joueurs du Barclays Center ont une aura de potentiels vainqueurs du championnat alors que la route qui les en sépare semble être encore très longue. La hype est un mirage, mais dans ces cas-ci, on se dit qu'avec du travail et de la volonté, elle peut devenir réalité. 

Le goût des autres :