Have You Lost Your Faith In God ?

Bür Gür

New Los Angeles  |  2016
8 / 10
par Simon  |  le 19 avril 2016

Je l’avoue : je n'y connais rien à la pop. Une honte quand on connait l’importance du genre (pris largement) dans la « ligne éditoriale » de Goûte Mes Disques. Quand je dis que je n’y connais rien, je tente néanmoins de défendre ma réputation de nazi musical en évoquant ci et là le Pet Sounds des Beach Boys, le Lisbon des Walkmen ou le Feels d'Animal Collective. Mais rien de conséquent (en dehors des disques que tente de me refourguer mon éternel ami rédacteur en chef), pas même l’once d’une quelconque street-crédibilité en vue au pays de Dora l’Exploratrice.

Mon truc, c'est les musiques électroniques, le hip-hop, le métal et les musiques expérimentales. Ce qui implique de se faire mal en tombant. Je n’aime donc pas MGMT parce que je trouve ça pas beau et fastoche, le sourire des folkeux me donne envie d’attaquer les passants en criant nu dans la rue et plus largement, toute cette musique, sa naïveté insolente et sa tendance à tout mettre sur le même pied d’égalité me grattent dans la nuque, jusqu’à considérer la pop comme une musique de sans-couilles. À tort bien sûr, il faudrait être fou pour penser cela et encore plus pour le dire dans l’intro d’une chronique. Sinon, j’aime Michael Jackson et sa dégaine de gros pimp, mais j’imagine que ça ne fera pas avancer le débat.

Je suis tombé sur ce disque par hasard, par une recommandation Bandcamp. Que je ne connaisse pas ce groupe avant de vous l’introduire ne change rien, puisque je ne saurai rien en dire. Si ce disque me rappelle que je suis une pipe en la matière, il a surtout cette vertu de me convaincre, une fois de plus, que les belles choses s’imposent souvent à nous de manière très naturelle.

Have You Lost Your Faith In God ? m’est vite tombé dans l’oreille, quasiment à la première écoute – j’imagine que c’est aussi un critère de sélection quand on écoute ce genre de propositions ? – et il me reste dans la tête comme un fantasme d’adolescent, une fenêtre ouverte sur un monde qui doit encore exister dans un coin de ma tête seulement. Une succession d’images fortes, de couleurs vives et d’odeurs d’amandes grillées qui me donnent envie de me faire pousser une barbe de trois jours que je n’ai toujours pas, de vivre ma vie dans le générique d’une série jeune et cool, de boire de la bière bio, de bouffer une glace vanille-spéculoos en déambulant dans les rues de San Francisco un après-midi d’été au bras d’une fille qui joue avec mes cheveux. Je ne suis jamais allé aux États-Unis, mais dans ma tête je pense que c’est un peu comme ça.

Il y a de la texture électronique dans Bür Gür et je n’arrive pas à dire si c’est juste branleur ou juste génial. Une fille et un homme se partagent les voix et se présentent comme si la vie n’avait jamais connu de déception. Ou alors des déceptions fraîches, qui se transforment en bonheur à la simple idée qu’on les surmontera avec facilité. En tous cas c’est léger comme un prout en campagne, suffisamment pour que des gens plus érudits que moi évoquent Animal Collective (ça je l’aurais bien dit) ou Of Montreal (ça je l’aurais bien dit aussi, mais j’aurais menti). Cette musique me donne envie d’aller à la rencontre des gens, de boire à la paille en faisant le poirier pour faire rire ma Blonde, de manger des Mellow Cake en jouant à Mille Bornes dans un parc ensoleillé.

Il me donne envie d’être con et naïf comme un fan de pop qui se fout de l'avis des autres et qui kiffe la vibe innocemment, avec toutes les bonnes raisons du monde. Ce disque me donne envie de croire à des choses meilleures parce que plus évidentes, de m’envelopper dans le confort duveteux d’une couette posé sur un lit kingsize un dimanche de juillet, mais surtout il me donne la possibilité de rajouter une quatrième référence à mon minable étalage pop de prétentieux refoulé. Donc, nique la pop ! Longue vie à la pop ! 

 

Le goût des autres :