Harlecore

Danny L Harle

Mad Decent  |  2021
9 / 10
par Ludo  |  le 7 avril 2021

Comme il est toujours occupé à produire pour autrui (au hasard, Charli XCX, Ed Sheeran ou Carly Rae Jepsen), Danny L Harle a tardé à sortir son premier album. C'est que, depuis sa rencontre avec A.G. Cook et les débuts de PC Music en 2013, le producteur britannique a su se faire particulièrement discret. Mais heureusement, cette fois, il a l’occasion de se rattraper : comme A.G. Cook l'année dernière avec 7G et Apple, c’est désormais à Danny L Harle de faire tomber le masque.

Danny L Harle a toujours aimé les mélanges de genre : diplômé de la prestigieux école d’art Goldsmiths où il a étudié la musique savante, il est également fondu de free jazz, au point d'avoir passé ses premiers rencards dans des pubs qui en diffusaient. Mais ce qui fait le plus vibrer Danny, ce sont les grosses productions pop, l’usinage et le maximalisme presque absurdes des tubes de Nicki Minaj, des Venga Boys et d’Eiffel 65. Sans oublier le fait que Danny kiffe particulièrement les défis techniques qui s’y rapportent ; contrairement à la musique dite savante, la pop ne bénéficie pas du même prestige et donc de la même attention de la part de son auditeur·ice. Pour être appréciée à sa juste valeur, elle doit alors se montrer suffisamment claire et efficace et demander peu d'effort pour qu'on en comprenne la substantifique moelle.

Cette exigence de concision dans le divertissement, Danny L Harle l’a parfaitement intégrée dans Harlecore, tant ce projet se veut accessible et propice aux libations les plus folles. Ce nom provient d’une série de soirées que le producteur avait lancée en 2017 en compagnie de A.G. Cook et d'Evian Christ. Et comme son nom l’indique, ce disque a simplement pour but de restituer une ambiance de festival déjanté, avec 4 scènes et 4 DJ’s dont les mascottes apparaissent toutes sur la pochette : DJ Danny est une représentation mégalo du producteur ; MC Boing, aidé de Lil Data, est un intenable bonhomme en caoutchouc ; DJ Mayhem, soutenu par Hudson Mohawke, est un ours-loup accro aux stéroïdes ; et DJ Ocean, associé à Caroline Polachek, est une méduse encerclée de champignons fluorescents. L’album s’écoute comme on déambulerait dans un festival qui se termine, ivre et euphorique. 

Parcouru d’excentricités en tous genres, l’album renvoie clairement à l’exubérance bien débile de l’eurodance et du (happy) hardcore des années 90. Mais il propose également du gabber bien brutal, et des plages ambient. Et en bon adepte du nonsense, Danny L Harle n'oublie pas de glisser ça et là des petites perles d'humour surréaliste, comme sur le morceau « Car Song » où Lil Data se prend tellement pour Crazy Frog qu’il s’embrouille dans ses paroles et n’arrive pas à terminer son morceau. Ce genre d’humour absurde, cette voix gonflée à l’hélium, et cette référence au genre Mákina font d’ailleurs beaucoup penser au groupe 100 gecs et leur morceau « Money Machine ». 

La qualité de Harlecore réside dans le talent avec lequel Danny L Harle a assemblé toutes ces influences pas toujours élégantes pour produire quelque chose de très accessible et malin. Mis côte à côte, ces raccourcis entre les styles créent un ensemble qu’il est grisant d'explorer à l'envi, enchainant les explosions chromatiques et les moments d'apaisement. Une expérience particulièrement euphorisante qui nous permet de renouer, bien que virtuellement, avec la frénésie des festivals et des clubs.

Le goût des autres :