Happy Earthday

Bjarki

!K7  |  2019
6 / 10
par Côme  |  le 14 mars 2019

"J’ai fait le con." Voilà sans doute ce qu’a dû se dire Bjarki après l’accident industriel qu’était "I Wanna Go Bang". Oui, on n’hésitera pas à parler d’accident pour qualifier un morceau qui l’a fait passer d’inconnu total à splendide promesse de la techno de hangar. Car Bjarki n’avait rien à faire dans ces cercles, à être écouté par des ados sous MDMA et recherché dans des millions de « track id pls ? ». Bjarki voulait faire de l’IDM, de la musique électronique des années 90 comme celle qu’il a dû écouter en boucle au moment de composer tous les morceaux sortis ensuite sur Б, Lefhanded Fuqs et Æ. Après cette série de sorties rectifiant le tir pour le label de Nina Kraviz, l’Islandais sort enfin du bois avec un vrai premier album pour !K7, sans effets d’annonce, comme pour éviter d’être à nouveau incompris.

Impossible de le nier : il plane constamment sur ce disque l’ombre pesante d’Aphex Twin, et l’on devine que Bjarki a dû passer son adolescence à tenter d’émuler Richard D. James, comme en attestaient déjà ses précédents disques. Non, la nouveauté ici est à chercher dans ce que l’on a failli qualifier sur ce disque d’abstract hip-hop, cette manière de jouer sur la rythmique tout en la noyant dans les effets. C’est clairement en décidant de faire dans le downtempo et de s’aventurer du côté d’un autre duo warpien (et surtout de Music Has The Right To Children pour ceux qui avaient peur de se tromper de duo) que Bjarki arrive à créer un disque bien plus accessible que ses EPs, à faire de la musique pour regarder fixement le paysage en faisant des collages.

Certes, Happy Earthday ne réinvente strictement rien. Pourtant, il n’est absolument pas un disque « de covers de Warp », car à la stérilité de ce genre de pratiques, Bjarki oppose une spontanéité immédiate. Un disque de nerd, mais pas de névrosé qui copierait bêtement ses idoles. Non, Bjarki compose des choses comme « ( . )_( . ) » car il est simplement bien trop fan de tous ces breaks des années 90, des premiers μ-Ziq et du Classics d’Aphex Twin. Honnête avec lui-même, il sait qu'il a tellement écouté ces disques qu’il ne saurait de toute façon pas en faire abstraction. Dans son côté glorieux nerd, l’Islandais a tout du peintre de Warhammer, du rôliste fou, ou de celui qui claque un SMIC en cartes Magic. De la passion brute et limite inexplicable, et peu importe si cela parait ridicule à celui qui ne comprendra jamais pourquoi on peut passer autant de temps à construire une étoile de la mort en Lego, regarder des films soviétiques, ou écrire des chroniques de disques sur Internet.

Le goût des autres :