Grand Prix

Benjamin Biolay

Polydor  |  2020
7 / 10
par Amaury S  |  le 26 juin 2020

Pour comprendre Grand Prix, permettons-nous un regard dans le rétroviseur sur la carrière de Benjamin Biolay. Retour début 2010, l’auteur-compositeur-interprète lyonnais reçoit deux Victoires de la Musique (artiste masculin et album de chansons de l’année pour La Superbe) quelques semaines après avoir reçu un disque d’or. Le succès public et l’approbation du milieu tant attendus arrivent enfin et on imagine le soulagement pour le chanteur qui venait de quitter Virgin pour Naïve et qui jouait donc gros. Avant cette consécration, Biolay enchaîne les disques d’une qualité indéniable, mais clive par sa noirceur (dans ses chansons comme dans ses déclarations). À partir de Vengeance et plus encore avec son diptyque argentin, Biolay s’inscrit dans une démarche résolument pop, solaire, décomplexée. Le romantisme a pris le pas sur l’érotisme, l’espièglerie sur l’ironie, la légèreté sur le désespoir. Un tel virage a forcément laissé pas mal de gens aux bords de la route.

Comment ce nouvel album vient-il s’inscrire dans ce parcours ?

D’abord, Grand Prix est indéniablement un album «biolesque ». Par ce concept de déclinaison que le chanteur apprécie et maîtrise (comme autour de la famille Kennedy dans "Rose Kennedy" ou de la fin d’un couple dans "La Superbe") sans l’enfermer dans une lourdeur ou un systématisme. Ainsi la thématique de la course automobile permet d’évoquer Ayrton Senna tout comme une fille, pas maquillée, belle comme une voiture volée ou encore de dessiner la route parcourue par le chanteur depuis deux décennies. Un album biolesque par ces arrangements toujours aussi maîtrisés (avec ces cordes chères au chanteur) - on imagine d’ailleurs très bien la ballade « Vendredi 12 » ou le titre rock « Papillon Noir » sur un autre album du Lyonnais. Enfin, biolesque par cette douce mélancolie que le chanteur parvient à dégager au fil des titres.

Mais cet album est-il un bon Biolay ? C’est en tout cas un disque qui s’inscrit pleinement dans la deuxième partie de carrière du chanteur. Grand Prix est résolument pop et dégage une énergie séduisante. C’est l’album d’un homme qui lâche les chevaux sous le capot et qui n’hésite pas à aller tâter du côté de sonorités jusque-là peu exploitées (des teintes funk dans « Grand Prix » ou « Souviens-toi l’été dernier », French Touch pour « Virtual Safety Car » ou folk sur « Ma Route »). On sent le plaisir et, à l’écoute, il est partagé. Biolay exploite une veine inédite entre bienveillance, fatalité et clairvoyance. On aurait toutefois aimé un peu plus de recherches au niveau des textes, comme dans « Idéogrammes » qui s’impose comme l'une des belles réussites de l’album.

En résumé, Grand Prix est peut-être l’aboutissement de cette envolée pop initiée il y a près de dix ans tant le résultat est franc, abouti et constitue une preuve indéniable de la volonté du chanteur. Après nous avoir aidés à broyer du noir, Biolay veut nous faire sourire, chanter, danser. « Comment est ta peine ? La mienne est comme ça. Faut pas qu’on s’entraîne à toucher le bas ». Alors il laisse les synthés et les guitares s’exprimer et tente de nous aider à vivre avec nos tourments. Plus personnellement, Grand Prix signe une sorte de réconciliation avec le chanteur. Il me fait (enfin) prendre conscience que l’imbuvable personnage que j’ai tant apprécié sur À l’Origine ou Trash-Yéyé ne reviendra pas. Biolay est mort. Vive Biolay.