Gore

Lous and The Yakuza

Sony Music Entertainment France  |  2020
5 / 10
par Ludo  |  le 6 novembre 2020

Lous and The Yakuza nous semble être une personne vraiment sympathique : un parcours de vie atypique, une bienveillance communicative, mais aussi un engagement visible, notamment via l'organisation de la marche pour le mouvement Black Lives Matter à Bruxelles ou la lutte contre les discriminations à l’égard des femmes à la peau noire foncée, notamment dans leur ambition de devenir des popstars sans être cantonnées au R’n’B - rejoignant le combat mené par Bree Runway sur le terrain anglophone. Mais lorsqu’on se penche sur sa musique, au-delà de toute la hype et du charisme indéniable du personnage, force est de constater que cet album tant teasé (jusqu'à un improbable passage chez Jimmy Fallon) sonne terriblement creux et excessivement calibré.

Parce qu’il surfe sur le caractère spontané et authentique de Lous and The Yakuza, l’album se permet de recycler une trap générique avec de vagues prétentions R’n’B. Du côté des paroles et de l’interprétation, le constat est tout aussi décevant : les morceaux semblent souvent inachevés, voire bâclés, tout comme l’écriture qui déroule en pilotage automatique et qui manque clairement de profondeur - « Courant d’air », par exemple, ne mérite clairement pas sa place sur cet album dans son état actuel.

Par contre, force est de constater que la Belgo-Congolaise est beaucoup plus intéressante lorsqu’elle transvase l’authenticité de ses interviews dans des morceaux autobiographiques : « Quatre heures du matin », où elle raconte une agression sexuelle qu’elle a vécue, est en cela très bien écrit, avec une froideur qui rend le morceau d’autant plus interpellant et émouvant. Le constat est le même pour « Solo » qui évoque l’indépendance de la République démocratique du Congo tout en soulignant le racisme institutionnel dont les personnes afro-descendantes vivant en Occident sont encore victimes. « Dans la hess » se distingue aussi en rappelant l’abnégation et la résilience dont elle a dû faire preuve pour échapper à un destin qui l’a momentanément condamné à vivre dans la rue.

Cet album nous laisse la désagréable impression d'être sorti trop tôt. Car même si sa diffusion a été maintes et maintes fois repoussée, Lous and The Yakuza s’est régulièrement exprimée sur le fait que ce premier album était bouclé depuis pas mal de temps. Lorsqu’on a l’occasion de travailler avec El Guincho, Ponko, Baloji, David Mems et Krisy pour un premier disque, il y a de quoi être déçu du résultat final. Gore aurait certainement gagné à être enrichi de featurings dans le même style que ceux qu’elle a dévoilés en compagnie de Damso et Hamza pour compenser le manque d’impact de certains morceaux. Mais au vu de l’emballement médiatique autour de son personnage, de son capital sympathie et de son esthétique visuelle plus que séduisante, il ne fait aucun doute qu’elle aura bientôt l’occasion d’évoluer aux côtés des meilleur·es pour enfin nous sortir un album à la hauteur de nos attentes.

Le goût des autres :