Giant Swan

Giant Swan

KECK  |  2019
9 / 10
par Noé  |  le 28 novembre 2019

Comme beaucoup de belles histoires qui se déroulent en Angleterre, celle que nous allons vous raconter se déroule à Bristol. Historiquement aussi dynamique qu’un jeune startuper au salon l’innovation, la ville s’est imposée au fil des années comme un sas de décompression culturelle salutaire dans un climat politique de plus en plus anxiogène. De la drum’n’bass de Roni Size au trip-hop de Massive Attack en passant par The Pop Group ou Fuck Buttons, la ville aux quelques 400.000 habitants abrite depuis des décenies certains des projets musicaux les plus excitants du Royaume-Uni.

Si son histoire apparaît être un terreau fertile pour la naissance de Giant Swan, des projets plus récents comme Vessel ou tout le travail de Batu et son label Timedance ont permis de laisser Brezztle sur la carte des villes qui comptent dans le paysage musique électronique actuel. Mais c’est sur le label Howling Owl Records, un autre local de l’étape, cité que la carrière de Giant Swan prend forme, avec deux EP de très bonne facture. Après une pige chez les voisins londoniens de Whities ou une autre chez les Berlinois de Mannequin, le duo prend son envol et délivre son tout premier long format sur Keck, label créé par le groupe pour l’occasion. Depuis 2014, les étapes s’enchaînent logiquement et permettent au groupe développer un univers musical singulier, naturellement influencé par le paysage dans lequel il infuse. 

Initialement dans un groupe de noise-rock, on peut s’interroger sur la capacité de Robin Stewart et Harry Wright à pouvoir se nourrir de cette multitude d’influences et de leur aptitude à pouvoir les digérer sur un long format. À ce titre, le morceau d’ouverture « 55 years Old Daugters » résume parfaitement l’ambition du projet et la volonté affichée du duo de fusionner les genres. En associant des percussions métalliques à des vocaux dissonants, le duo accouche d’un son chaotique, agressif et définitivement hypnotique. Un contraste libérateur qu’on retrouve également sur « Pandaemonium » où les textures froides et industrielles côtoient des rythmiques techno chaloupées pour un coller-la-petite version warehouse sombre et cracra. La mayonnaise prend vite et si la Grande-Bretagne n’est pas célèbre pour ses associations culinaires, la tambouille des deux producteurs éveille chez nous une impression similaire au combo sauce Worcestershire / barbaque : un goût sucré légèrement piquant qui provoque une sensation indescriptible de reviens-y.

Après plusieurs projets et des centaines de dates, le duo de Bristol s’impose comme le porte-étendard d’une scène électronique britannique en bonne santé et confirme les prémonitions de l’agaçant Pete Doherty. Plus tôt dans l’année le leader des Libertines ironisait sur le Brexit en le qualifiant de « meilleure chose qui puisse arriver au monde de la musique », le chanteur faisant référence au possible contre-choc que la scission provoquerait auprès des artistes britanniques. S’il apparaît difficile (de donner raison à Pete Doherty) de savoir quel impact une telle période aura sur l’un des pays les plus créatifs de l’histoire de la musique, Giant Swan prouve que l’atmosphère suffocante qui règne outre-Manche n’a pas encore enrayé le processus créatif des sujets de sa Majesté et qu’à défaut de délivrer une lueur d’espoir, elle a définitivement trouvé sa bande-son. 

Le goût des autres :