Fabric presents Overmono

Overmono

Fabric  |  2021
8 / 10
par Jeff  |  le 9 août 2021

L’avantage d’une institution comme le Fabric, c’est qu’au moment de sonder des candidats pour prendre les commandes d’une des compilations proposées par le club londonien, elle a l’embarras du choix. Exception faite de la série des DJ-Kicks, le concept du mix album a pour ainsi dire été éparpillé façon puzzle par la Boiler Room et ses rejetons. D’ailleurs, en 2018, après 100 entrées régulièrement remarquables, la Fabric jugeait que pour mieux lutter contre l’ogre, il fallait se réinventer. Cela s’est traduit par un rebranding et une cadence ralentie, mais sur le principe rien n’a vraiment changé : la Fabric demande à des artistes qu’elle aime de lui pondre un mix exclusif. Le réel souci, c’est que depuis le lancement de ce nouveau concept, on a surtout eu droit à des sélections anodines, ou parfois très en deçà de ce que l’on était en droit d’attendre vu les pédigrées – le meilleur exemple en date étant celui qui a précédé le disque dont nous parlons aujourd’hui, et confié à Motor City Drum Ensemble. Mais avec Overmono, on sent que la Fabric tient peut-être la sélection qui va réellement lancer la série.

Il faut dire qu’elle tombe à point nommé : elle sort pile au moment où les verrous posés sur les portes du club viennent de sauter, et elle est mixée par un duo qui est en train de passer un véritable cap. Non pas que les frères Truss et Tessela soient des lapins de neuf jours sur la scène électronique britannique, bien au contraire. Mais depuis qu’ils ont décidé de former Overmono, les mois passent et la hype les entourant ne fait que gonfler – il faut dire qu’entre les purs bangers pour leur propre label Poly Kicks ou le mastodonte indie XL Recordings, une collaboration avec Joy Orbison ou des remixes pour Thom Yorke et Four Tet, les deux Anglais semblent prêts pour faire leurs grands adieux à l’underground. En gros, on les sent au même carrefour que Bicep juste avant leur signature sur Ninja Tune.

D’ailleurs, on retrouve dans le travail d’Overmono cette capacité à digérer 30 ans de culture club britannique pour en recracher un produit extrêmement digeste et surtout très efficace . Etles quelques titres issus de leur propre catalogue ici présents en sont la parfaite incarnation : « So U Kno » est une magnifique déclaration d’amour au UK garage, l’inédit « If U Ever » est le genre de bombe que l’on veut entendre à la sortie d’un long tunnel techno, et leur remix de « I Have A Love » est certainement l’une des choses les plus irrésistibles et « so fokin’ british » qui va finir entre vos oreilles cette année. Et quand ce ne sont pas leurs titres qui sont impeccables, c’est le reste de la sélection qui est à l’avenant – on ne va pas vous en dresser la liste par le menu ici (ça va de Plastikman à Actress en passant par Blawan ou Vex’d), mais sachez qu’absolument rien n’est à jeter. 

Mais ça se saurait si une suite de bons titres suffisaient à faire une grande compilation. La véritable force de ce mix c’est de parvenir, en 60 grosses minutes d’un sacré rollercoaster émotionnel, à nous faire voyager avec travers les genres et les époques avec une aisance déconcertante, à nous donner l’impression que techno, UKG, dubstep et breakbeat sont des genres qui ont toujours été pensés pour cohabiter paisiblement. À une époque où tant de clubs attendent encore de pouvoir rouvrir leurs portes, ce mix d’Overmono réussit le petit exploit de nous faire ressentir certaines émotions que l’on ne pensait pouvoir vivre que sur une piste de danse. Du coup, il rend notre envie de retrouver la pénombre et la moiteur d’un dancefloor encore plus insupportable qu’elle ne l’était déjà.