Fabric 79

Prosumer

Fabric  |  2014
8 / 10
par Jeff  |  le 10 décembre 2014

Si le nom de Prosumer est invariablement associé à celui du Panorama Bar berlinois, il ne faudrait pas oublier que le bonhomme n’est plus résident de l’aile house du Berghain depuis plus de deux ans. Peu importe, le natif de Saarbruecken (désormais basé à Edinbourg) se sert depuis de cette magnifique carte de visite pour répandre la bonne parole aux quatre coins du globe. Producteur extrêmement peu productif, Prosumer est l’archétype même du DJ consciencieux à la culture électronique encyclopédique. La house, Achim Brandenburg en bouffe du matin au soir, et prend un véritable plaisir à partager son savoir, sans condescendance. Cet amour des choses faites avec générosité mais humilité, on l’avait déjà observé sur son excellente compilation pour la série Panorama Bar. Cette fois, c’est pour le club londonien que le teuton remet ça avec une sélection garantie sans effets de manche ou noms ronflants. En effet, on ne va pas rouler inutilement des mécaniques : à la lecture du tracklisting de ce Fabric 79, on n’a pas vu beaucoup de patronymes familiers. On le répète, n’y voyez pas une certaine forme d’élitisme mais simplement la preuve que ce mec en saura plus sur la chose house que vous ne pourrez jamais l’espérer. D’ailleurs, ce côté didactique évoqué plus haut, il est synthétisé à merveille dans cette sélection dont le fil rouge est la finesse et la qualité du groove. A l’exact opposé de ces dj’s un peu trop sectaires, Prosumer aime toute la house, qu’elle date de 2014 ou de 1987 ; qu’elle soit chantée par des gros blacks à bandanas qui en veulent à ton anus, des hermaphrodites chaudes comme des baraques à frites, ou des gadji portoricaines ; qu’elle provienne de Chicago, de Détroit, de New York ou même de Stockholm – coucou Axel Boman et ton fantastique piano. Puis il aime la techno aussi, et ne se prive pas pour nous le faire savoir non plus. Bref, dans cet enchevêtrement de pépites que l’on découvre la banane aux lèvres, c’est la technique et le flair de Prosumer que l’on se prend à célébrer, conscients que l'Allemand incarne une certaine forme de force tranquille. Celle qui sépare les opportunistes à la petite semaine des patrons qui imposent leur griffe dans les clubs les plus cools de la planète. Et puis, quand on découvre les conditions d’enregistrement de ce mix, comment ne pas fondre de respect : « C'est un peu comme quand je me prépare avant un set: je choisis des disques qui sont adaptés au club où je vais jouer, des classiques indémodables et des trucs que je veux faire découvrir à tout le monde. J'ai mixé le tout dans mon salon, en usant mes vinyls, un ordinateur et un mixeur. J'avais du mal à savoir ce que pensaient les canards postés devant ma fenêtre. » On n’a jamais eu autant envie d’être dans la peau d’un canard qu’aujourd’hui.