Eusa

Yann Tiersen

Mute  |  2016
8 / 10
par Quentin  |  le 26 octobre 2016

De manière tout à fait réaliste, il existe un nombre infime de chances pour qu'un jour, dans une discussion, il vous arrive de parler de Ouessant. Mais à quel moment et pour quelle raison prendrait-on le temps de s'attarder sur une commune du Finistère de 900 âmes ? Quand Yann Tiersen s'en fait le conteur, pardi. En dix morceaux et huit interludes, le compositeur nous invite à contempler Eusa (Ouessant en breton) à travers le prisme de sa sensibilité. Un voyage emprunt de légèreté et de mélancolie qui voit Yann Tiersen mettre son art minimaliste au service d'un univers profond.

Tout dans la démarche de l'artiste fait ressentir un besoin d'un retour à la nature, à quelque chose d'organique et dans le moins pire des cas, à quelque chose de plus humain. Car Eusa, avant d'être un disque somptueux, c'est un recueil de 10 partitions pour piano. Des notes couchées sur une feuille que seuls les musiciens avertis pourront se représenter. Le projet évolue avec le temps et chaque partition devient la véritable photographie d'un lieu lorsqu'elle est enregistrée à Abbey Road en piano solo par Yann Tiersen. De "Pern" à "Porz Gorret" en passant par "Penn ar Roc'h", l'artiste nous balade dans l'immensité des paysages brumeux de son île. Enrichie de field recordings, la musique du compositeur devient à la fois contemplative du lieu qu'elle décrit mais surtout porteuse d'émotions puissantes parce que pures. Dès les premières notes de piano, Eusa se présente comme un voyage dans la lumière douce qui baigne la Bretagne. La force de cette musique, c'est sa simplicité et c'est d'ailleurs ce qui la rend si directe : tout semble tomber sous le sens et la fluidité du jeu et des harmonies apporte un agréable confort à chaque écoute.

Il y a quelques années, et bien malgré lui, Yann Tiersen a bénéficié d'une vitrine internationale grâce à une certaine production de Jean-Pierre Jeunet. Le problème, c'est que ces airs de Montmartre et de la bute Chaumont sont rapidement devenus les arbres qui cachent la forêt. Ainsi, les albums Dust Lane, Skyline ou Infinity sont déroutants dans leurs différences. Ils explorent d'autres univers plus électroniques et expérimentaux, dévoilant d'autres facettes de l'artiste. Mais sur Eusa, on sent un retour aux fondamentaux, à une authenticité proche de l'île à laquelle l'album est dédié. La démarche est humble et humaine. Elle va dans le sens contraire du système et c'est en ça qu'elle nous réconforte. Eusa est magnifiquement simple et sincère dans sa proposition. Je ne verrai probablement jamais Ouessant mais qu'importe au final, savoir que Yann Tiersen en prend soin pour nous, c'est déjà bien suffisant.