ENNA

PLK

Panenka Music  |  2020
7 / 10
par Yoofat  |  le 21 septembre 2020

Il y a des rentrées des classes qui sont plus marquantes que d'autres. Lorsque vous avez cravaché au rayon fruits et légumes tout l'été pour laisser les Atemis au placard et enfin faire partie des Nike-porteurs de la cour de récré, c'est comme si vous réécriviez votre propre histoire. Vous êtes décidés à jouer les premiers rôles, à ne plus être le meilleur copain des BGs de la classe ou le confident trop chou de ces dames. Vous avez grandi, vos ambitions aussi et vous voulez faire en sorte que le monde le sache. 

Cette histoire est en grande partie celle de PLK. Lorsque son crew, le Panama Bende, accompagnait Nekfeu, Alpha Wann et toute la clique d'1995 sur leurs freestyles, le jeune homme n'était qu'un kickeur parmi tant d'autres. Aladin 135 semblait être le leader de ce groupe tandis que les backpackeurs louaient la technique du tranchant Ormaz, peu charismatique, mais d'une finesse d'écriture parfois saisissante. PLK, quant à lui, n'a jamais eu l'ombre d'un Trending Topic avant sa rencontre avec le génial Krisy et sa signature sur Panenka Music, label géré par un proche de longue date, Fonky Flav', également rappeur du collectif 1995. L'histoire est en marche, les Atemis s'usent jusqu'à cette rentrée 2020 et ce deuxième album qui achèvera de le placer dans la cour des grands. 

Il peut certainement y avoir un côté scolaire dans la musique de PLK. Ce dernier fait partie de cette race de rappeurs ayant fait leurs preuves auprès d'anciens dans le seul but d'espérer avoir leur validation. A mi-chemin entre plusieurs écoles de rimeurs franciliens (La Sexion D'Assaut, L'Entourage ou Beat 2 Boul), la limite de PLK peut également être vue comme l'une de ses forces ; cette obstination à être carré dans son rap, préférant souvent les schémas rythmiques complexes au groove naturel d'une production classique de hip hop. 

Après plusieurs projets sortis en quelques années, PLK est néanmoins parvenu à trouver une formule plus excitante que celle de ses débuts grâce à diverses expérimentations se retrouvant notamment sur ses mixtapes Mental (sortie en début d'année) et Platinium (sortie en 2018). Le rappeur du 92 s'est affuté jusqu'à devenir un véritable couteau suisse, rivalisant avec Ninho en matière de polyvalence. Sur ENNA, PLK est en constante démonstration, s'attaque à la trap, au boom bap, à la zumba à l'haleine chargée et - oh surprise ! - à la drill, le tout avec une aisance déconcertante. Il est assez évident que le jeune homme maîtrise tout du rap à l'écoute de "3 en 1", morceau "Benjamin Buttonesque" dans lequel PLK commence par rapper comme un daron avant de bouncer comme un gamin sur des percussions plus actuelles. 

En plus d'affirmer son style sur ENNA, PLK n'en oublie pas pour autant l'importance que peut avoir le contenu textuel dans un album de rap. La plupart du temps, comme dans tous ses précédents projets, le Polak raconte ses barres d'immeubles et son passé de bicraveur, mais cette fois-ci, y ajoute son histoire de famille, entre le divorce de ses parents et la relation forte qu'il entretient avec sa petite soeur Lenna et son petit frère Enzo, présents tous deux sur la pochette et à l'origine du nom de l'album. PLK étant plus pudique que The Game ou Offset, leurs visages restent cachés sur la pochette de la même manière que leur histoire de famille est disséminée ici et là, au détour d'une rime. Il n'y a guère que pour sa mamie que PLK fait dans le larmoyant, avec cette chanson au style très épuré où les mots et l'interprétation suffisent pour traduire l'émotion que lui inspire cette relation.

Quelle que soit la paire que l'on a aux pieds, on ne sera jamais aussi cool que lorsque l'on fait des bisous à sa mamie.