Dj-Kicks

Photek

!K7  |  2012
8 / 10
par Simon  |  le 25 avril 2012

Qu’il soit bon ou à chier, on se devait de chroniquer ce disque. En effet, alors qu’on écrit des papiers à n’en plus finir sur des artistes électroniques de tous bords, pas une ligne n’a encore été écrite sur Photek et sa carrière en dents de scie. Si on a tant hésité à vous en parler, c’est que l’Anglais compte autant de fans hardcore que de détracteurs enragés. Disons que nous, on se trouve entre les deux. Fanatiques d'un début de carrière passé à la postérité. Un statut de demi-dieu de la drum’n’bass pour un premier album absolument dingue, visionnaire et encore aujourd’hui imbattable. En effet, Modus Operandi demeure l’alpha et l’oméga du genre: une plaque froide, calée entre syncopes post-apocalyptiques et tribalismes digitaux, qui aura surtout le mérite de préfigurer avec quinze ans d’avance le retour en grâce du genre via l’autonomic (pour plus d’explications sur cette frange récente, voir ici et ici). Son deuxième disque déchirera le clan des unanimes. Photek y basculera dans le deuxième amour de sa vie: la house. Avec un Solaris extrêmement ambitieux, l’Anglais convie les Américains à taper causette avec la banlieue anglaise. Le résultat aura beau diviser – de notre côté on adhère plus que jamais, ce deuxième disque montrera la capacité de Rupert Parkes de faire de l’avenir son présent.

Le problème c’est qu’à partir de là, si on exclut quelques EPs, le producteur s’est contenté de ne faire que de la soupe. Peu aidé par une scène gangrénée de partout, Photek est devenu une machine à jouer les mêmes plaques « à 170 BPM » entendues cent fois. Pour la faire courte, le retour en grâce du pionnier de la drum’n’bass s’opèrera via des collaborations avec Pinch, mentor de la scène dubstep-techno. Alors oui, ce Dj-Kicks est l’occasion définitive pour l’Anglais de prouver qu’il est encore le techno-monstre d’autrefois; nous convaincre que si sa science de la composition dispose encore d’un peu de répit pour totalement se réhabiliter, sa maîtrise sur une sélection mixée demeure irréprochable.

Et globalement, c’est le cas. Cette sélection en a plein dans le coffre, du doigté, de la finesse et surtout une largeur de champ assez exemplaire. Si les codes stylistiques d’autrefois calibraient la drum’n’bass de manière rugueuse, sèche et abrasive, la bass music de 2012 ne permet plus ce genre d’écarts – considérez cela comme un bien ou un mal, ça se tient des deux côtés. Les genres ont été réadaptés, la finesse n’a pas bougé d’un poil. Il n’y a d’ailleurs pas de drum’n’bass à proprement parler ici. Ici on se gave de uk garage, de dubstep-techno, et pas mal de house. Un hybride mouvant, classe, nerveux, et lumineux. Un passage par l’ombre et la flamme, comme a pu le connaître ce brave Gandalf en son temps, qui nous ramène un Photek épique dans sa manière de créer le dynamisme permanent. Ce qu’il a toujours su faire de mieux en fait. Avec six titres de sa propre composition, et plus largement une sélection impeccable, entre les deux amours de sa vie – la bass music et la deep-house – Photek n’aura plus jamais à choisir, car à ce niveau de maîtrise on n’a rien à rajouter. Le maître est de retour.