Dinner Party

9th Wonder + Robert Glasper + Terrace Martin + Kamasi Washington

Sounds of Crenshaw  |  2020
6 / 10
par Nicolas F.  |  le 17 septembre 2020

Mieux qu’une simple accumulation de CV (et quels CV !), ce super-groupe sans véritable nom est une hydre à quatre têtes dont aucune ne tire la couverture trop jalousement à elle, ce qui, dans le cas d’une tentative de moderniser le quartet jazz dédié aux vertus du collectif, est plutôt une bonne nouvelle.

Terrace Martin semble être l’instigateur du projet puisque l’album Dinner Party sort sur son label, Sounds of Crenshaw, du nom du quartier coloré de Los Angeles dont il est originaire. Son travail de production donne le "la", affiche la couleur, black of course. Pont parfait entre le jazz et le hip-hop, Martin est à la fois un multi-instrumentiste doué, comme le prouve ses prouesses aux côtés d’Herbie Hancock ou Quincy Jones, et un arrangeur racé et loué pour son travail derrière Kendrick Lamar.

Sa patte est manifeste, mais pas écrasante, car il partage l’effort de production avec 9th Wonder, autre talentueux créateur d’ambiance qui s’attira au cours des années 2000 les faveurs de poids lourds (Destiny’s ChildNas, Jay-Z, Mary J. Blige…) comme de MCs plus exigeants (Murs, Little Brother, Masta Ace…). 9th Wonder reste fidèle (sans doute trop) aux recettes qui ont alors fait son succès et se laisse aller à une resucée de breaks qui font sa signature. Côté organique, le souffle suave du saxophoniste Kamasi Washington qu’on ne présente plus et le touché gracile du pianiste Robert Glasper complètent le casting.

Le tout sonne cohérent tant l’ancrage dans les années 2000 semble assumé et le résultat parfois réussi. Cet album offre en effet de belles friandises comme « Freeze tag », « From my heart and my soul » ou « Love you bad », baumes tout-terrain, funky et sexy, à appliquer à toute heure du jour et de la nuit, capable d’ensoleiller sans peine une matinée pluvieuse ou de rafraichir un thermostat trop caniculaire. À noter que ces tubes sont largement le fait des featurings du chanteur/poseur Phoelix qui offre du relief et un contre-pied bienvenu au ronronnement ambiant. L’homme n’a pas la street cred de ses partenaires, mais assure autant, si ce n’est plus qu’eux.

Car force est de constater que la mayonnaise ne prend pas toujours, que les clichés sont souvent pesants et que, de la pommade à la soupe il n'y a qu'un pas que les quatre franchissent allègrement. Une certaine redondance s’installe : le break vintage un poil désuet estampillé 9th Wonder sur « Sleepless », le long interlude « The mighty tree » qui aurait pu être résumé en vingt secondes et « First responder » qui cumule à lui seul ces deux travers. Washington ne s’aventure guère au-delà de sa zone de confort et enchaine les petits gimmicks inoffensifs, tandis que Glasper multiplie les trilles sans trop se fouler. Ce mélange de soul, de jazz, de swing propre au R’n’B et de hip-hop downtempo a connu son lot de perles avec Fat Jon ou Nujabes, mais c’était il y a 20 ans, une éternité… La seule tentative du groupe de s’ancrer un peu dans la décennie en cours est « Luv U » ; mais là encore, l’ennui guette d’autant plus que l’émotion se noie dans le traitement digital douteux des parties vocales.

Déjà léger (seulement sept titres), l’ensemble Dinner Party gagne en homogénéité là où il perd en variété, mais donne tout de même à entendre quelques fadaises. Pas de quoi crier au scandale pour autant, mais force est de constater que cet alléchant combo se contente du minimum, déçoit à moult égards et s’assure au mieux une place dans une playlist mornin’ cappucino, ce qui est bien, mais pas top.