Die A Legend

Polo G

Columbia Records  |  1970
8 / 10
par Côme  |  le 23 juillet 2019

Inutile de vous mentir : l’habituel petit laïus de présentation de l’artiste qui nous intéresse ici proviendra tout droit de sa biographie Spotify, vu qu’on ne connaissait absolument rien de Polo G. Non, Spotify a tout simplement décidé d’interrompre sa réclame habituelle pour ses playlists automatiques « Beast Mode » et « This is Sunn O))) » pour nous proposer Die A Legend. Et une fois le disque fini, impossible de ne pas en parler. Polo G, c’est donc rien de moins que le nouveau héraut de Chicago, ville qui a certes l’habitude de sortir des bons MC à la pelle, mais s’est retrouvée un peu à l’ombre ces derniers temps. Particularisme local, la violence de la ville et donc de l’existence de ses rappeurs : Polo G, c’est pour faire court un ex-taulard d’à peine 20 ans qui a fait quelques dizaines millions de vues et se retrouve avec un contrat chez Columbia pour Die A Legend.

Huit homies décédés sur la pochette d’un MC de Chicago, et un premier titre de deux minutes qui ne prend pas le temps de respirer, on pensait déjà tenir un successeur au Welcome To Fazoland de Lil Herb. Perdu, ce ne sera pas un disque de drill. Polo G garde cependant une agressivité dans son attaque des productions et les thèmes abordés sont fidèles au genre : de la perte tragique des proches à la violence banale des rues jusqu'à l’ascension éclair sur « Picture This ». Mais l'album évolue sans les habituelles infrabasses et rythmiques carnassières, et surtout Polo G est incapable du moindre gimmick.

Non, Polo G rappe comme si la moindre mesure laissée libre pouvait signifier sa mort. Il a de toute façon trop de choses à dire pour s’arrêter, Die A Legend étant sur la majorité des morceaux un formidable exercice d’introspection. Le rap actuel ne manque certes pas d’individus capables d’évoquer leur mal-être (on a une grosse passion pour Youngboy Never Broke Again ou Shy Glizzy), mais le phénomène étonne pour un rappeur de 20 ans qui aurait pu se contenter d’enchainer les hits à 100 millions de vues. De fait, « Pop Out », le seul titre pop du disque fonctionne extrêmement bien. Ce morceau constitue pourtant le problème de Die A Legend une fois décliné par Columbia en « Pop Out Again », remix dispensable accueillant Lil Baby et Gunna. On va bientôt croire que chaque version de FL Studio est livrée avec son featuring offert vu leur omniprésence. En dehors de ce morceau qui ressemble à une compromission, tout l'album est exceptionnel de maturité et de realness. Ready To Die.