Destin

Ninho

Mal Luné Music  |  2019
7 / 10
par Yoofat  |  le 25 avril 2019

Parmi les meilleures choses qu'offre Internet, il y a bien naturellement les Fast & Curious de Konbini. Complètement futile et chronophage, cette petite série de vidéos apporte cependant des réponses inestimables pour la compréhension des œuvres importantes (ou non) du moment. À titre d'exemple, Lors de son Fast & Curious, Ninho n'a pas hésité une seconde lorsque l'amour faisait face à l'argent. Destin, le follow-up de l'incroyable premier album qu'était Comme Prévu agit presque comme une dissertation distrayante appuyant ce choix.

Mo' money, mo' problems. La maxime popularisée par le clique Bad Boy Entertainment est toujours d'application dans un rap francophone qui usine des superstars et des icônes pop. Chaque jeune rappeur confronté à un changement de statut se rend compte de ce que cela implique. Jeanine de Lomepal, JVLIVS de SCH, Ipséité de Damso ou même La Suite de 1995... Ces projets transpirent la nostalgie et posent une équation nouvelle pour ces artistes : comment retrouver l'insouciance d'antan maintenant que le rêve de gosse, celui de devenir une star, est une réalité ?

Largement teinté de mélancolie, Destin reproduit en grande partie le format d'un album post-succès, là où l'on regrette l'anonymat et où la notion de temps devient particulièrement problématique. On pourrait croire qu'une assertion telle que "hier on avait rien, aujourd'hui on a tout" soit issue d'un morceau léger et festif, d'autant plus que Jul est l'invité du titre "Jusqu'à minuit". Ce magnifique échange entre deux des grands rappeurs français de la décennie est en réalité le point culminant d'une réminiscence de l'époque où l'argent faisait défaut et où tout était permis pour s'emparer d'une liasse. Rien n'a changé sinon l'or, le platine et le regard désenchanté que ces deux artistes portent sur l'ascension sociale.

Profiteurs, michtoneuses ou autres inconnus prononçant son nom font certes regretter le temps de l'anonymat à Ninho. Mais en plus de l'éloquence impressionnante qui le caractérise, le joyau du 91 et du 77 a aussi cette inestimable qualité, notamment pour une personnalité publique, d'être stoïque. Même blessé, même nostalgique, même face à l'absence de ses proches, Ninho sait. Comme Magic Johnson dans South Park (ou dans le premier couplet de "Roses" de Kanye West), Ninho sait que l'argent est le meilleur remède contre toutes sortes de maux et que cette nouvelle quête effrénée qu'est la sienne a pour but de le protéger, lui et ses proches. L'argent, la "vivance" qu'il raconte avec Koba LaD a également ses aspects plus luxurieux, mais il sert surtout une cause noble et égoïste à la fois, l'apaisement de vies dures marquées par le manque. Cette mentalité chantée par Ninho, loin d'être originale quoique peu présente à ce niveau de popularité, affirme qu'on ne peut se laisser endormir par une solution miracle apportée par une tierce personne ou une nouvelle loi votée à l'assemblée. L'amour, c'est idéaliste, l'argent c'est concret.   

Le goût des autres :