Despondent

Vamachara

 |  2018
8 / 10
par Alex  |  le 23 janvier 2018

Vamachara, ou voie de la main gauche en sanskrit, est un terme faisant référence à la dualité entre pratiques spirituelles et occultes. Symboliquement, la voie de la main droite qui représente le bien s’oppose au Vamachara, la voie du mal, qui implique une forme de rejet des normes sociétales pour atteindre l’illumination. Bref, tout un programme auquel un jeune groupe californien a décidé d’associer son blase pour proposer depuis 2013 un hardcore métallique qui se classe très clairement du côté des méchants.

Vamachara roule sa bosse depuis quelques années aux Etats-Unis, jouissant de ce regain de popularité qui entoure les groupes de metalcore 90’s, à l’image de Disembodied ou Martyr AD, ainsi que de la nouvelle vague qui l’accompagne, vaillamment représentée par des formations comme Jukai, Sanction ou Judiciary. Relativement peu connu dans nos contrées, le groupe a toutefois déjà eu l’occasion de sillonner plusieurs fois les US en compagnie de groupes comme Xibalba ou Jesus Piece et après une démo éponyme et Lapse, un EP 4 titres sorti en 2016, voilà les américains dans les clous pour sortir Despondent, leur premier album.

Enregistré au studio The Pit par Taylor Young (Nails, Twitching Tongues) et produit par le groupe, Despondent consolide un potentiel très encourageant, déjà aperçu sur le précédent EP.  Durant ces 9 morceaux, le groupe greffe un hardcore beatdown bien musclé sur des sonorités metal plutôt old school. A l’image d'un "Watch You Burn" dont la puissance pourrait alimenter une éolienne, la musique de Vamachara ne s’encombre d’aucun artifice. Capables de jouer sur plusieurs tempos et de ralentir progressivement la cadence avant d’envoyer de soyeuses mosh-parts (Cette fureur sur "Reign Of Hate"), Vamachara martèle ses riffs de bonhomme avec froideur et précision, sans jamais lever le pied.

En parlant d’occulte, le groupe invoque à plusieurs reprises l’esprit de groupes comme Sepultura ou Obituary et saupoudre adroitement ses morceaux, dont "Control" ou "Descension", d’une vibe trash/death bien sentie. Bien que ces accointances soient particulièrement prononcées, Vamachara n’en oublie pas son identité hardcore en faisant preuve d’un sens aiguisé du groove, un accordement de guitares très bas ainsi qu’un chant plutôt hostile, régulièrement mis au premier plan. Il suffit de prendre un titre comme "Total Armageddon" pour constater que son rythme effréné et la pesanteur qui s’en dégage feraient passer des groupes chevronnés comme All Out War pour de vrais enfants de cœur. 

En 28 minutes montre en main, Vamachara distribue les bourre-pifs comme Theo Francken distribue les ordres de quitter le territoire, produisant sans conteste la première grosse sensation hardcore de l’année. Sans interludes ni accalmie, les Californiens balancent tous ce qu’ils ont en magasin, en faisant le choix judicieux de ne pas s'encombrer de démonstrations techniques superflues. La formule proposée ne peut définitivement pas être qualifiée d’aventureuse mais elle tape dans le mille. Et si l’appréciation de cette approche plutôt minimaliste dépendra forcément de votre degré de tolérance, tout nous porte à croire qu’avec Despondent, Vamachara ne s’inscrit déjà plus dans la catégorie des rookies.