Dean Wareham

Dean Wareham

Sonic Cathedral  |  2014
7 / 10
par Maxime  |  le 13 mars 2014

L'histoire de Dean Wareham est celle d'une longue, très longue mise à nu. Car le New-Yorkais n'est pas un nouveau venu sur la scène indie-pop (presque 30 ans qu'il sort des disques), et pourtant il s'agit là du tout premier album sous son nom propre. Il a d'abord fallu se débarrasser de la légende du groupe Galaxie 500 qui, de 87 à 91, fut au sommet de la pop avec trois albums couronnés du chef-d'œuvre On Fire; un triptyque ayant influencé toute la musique américaine que toi, petit hipster blanc, tu écoutes en boucle aujourd'hui, de Sonic Youth à Yo la Tengo en passant par Mercuy Rev et The Pains of Being Pure at Heart.

Puis il y a eu deux décennies passées dans un quasi-anonymat, malgré le succès critique, avec Luna, le "meilleur groupe que vous n'avez jamais entendu" d'après le magazine Rolling Stone (la version américaine hein, par le torchon sur papier glacé servant de caution rock à Philippe Manœuvre en France), puis en binôme avec sa femme Britta Phillips. Groupe, puis duo, puis maintenant solo, il aura ainsi fallu 17 ans et 13 albums au natif de Wellington pour oser se défaire de ses oripeaux et avancer dénué de tout back-band.

C'est donc seul aux commandes que Dean Wareham continue de tracer un chemin entamé avec de tels classiques qu'il lui est difficile de rivaliser avec ses propres débuts. Et il ne le cherche d'ailleurs pas, puisque le disque qui nous intéresse aujourd'hui lorgne davantage du côté de ses années 90 - le Luna période Bewitched (à écouter de toute urgence), qui vit l'arrivée de Britta Phillips dans le groupe et dans sa vie.

Et dès les premières mesures de "The Dancer Disappears" tout est là: la batterie tout en retenue, la guitare ouatée, et la voix adolescente qui, un peu comme celle d'un Robert Wratten, le pape de la twee pop, semble s'être bonifiée avec l'âge sans avoir perdu sa fraîcheur originelle. La mélancolie aussi est là bien sûr, qui nourrit Wareham depuis ses débuts, et qui avec le temps se fait moins définitive, mais est devenue une vieille amie qu'il fait bon convier pour ne pas être seul par temps sale. Très clair dans le son, et très direct dans l'approche, ce premier LP se laisse facilement apprivoiser, mais on y revient également très facilement. 

Si certains passages sont plus anecdotiques que d'autres ("My Eyes Are Blue"), l'ensemble est suffisamment solide et bien gaulé pour que l'on prenne plaisir à se le passer et repasser, enchaînant quelques moments de pur bonheur pop, au meilleur sens du terme, comme ce "Holding Pattern" tout en efficacité et naïveté. Quelques innovations font leur apparition (textures retravaillées sur "Babes In The Wood"), mais si discrètement qu'on ne peut même pas parler d'expérimentations. Finalement, même seul, Wareham continue de faire ce qu'il sait faire de mieux. Cette fois, simplement, il garde la lumière pour lui, et franchement après toutes ces années, qui pourrait le lui reprocher ?