Cooler Returns

Kiwi Jr.

Sub Pop  |  2021
7 / 10
par Eric  |  le 9 février 2021

La ritournelle est connue : dans la jungle, terrible jungle de l’indie-rock, il n’est pas facile de se faire entendre et encore moins de se faire une place au soleil. Les raisons ? Elles sont multiples. C’est sûr, les tendances qui vont et viennent, mais surtout une nette impression d’embouteillage permanent et d’un inévitable sentiment de déjà-entendu au fil des années qui passent. Mais ça ne rate pas : un chouette single nous attire vers cette grosse marmite perpétuellement sur le feu, et on finit toujours par retomber dedans. Ce qui nous rassure un brin, car tant qu’on est encore capable de s’emballer pour un titre nerveux et bien ficelé, on n’est pas encore totalement prêt pour passer notre brevet de vieux con ascendant blasé.

Le tout est de rester attentifs aux signaux d’éclaireurs avisés. Ici, merci à Sub Pop qui avait annoncé à la mi-novembre la signature des Canadiens de Kiwi Jr. pour la sortie de leur deuxième album. Pour patienter et surtout pour déloger les deux extraits disponibles – « Undecided Voters » et « Cooler Returns » – de notre tête, on s’était même empressé de découvrir Football Money, paru une dizaine de mois avant, un peu plus brut et tout aussi addictif. Et si la formule à base de guitares et de mélodies nerveuses n’a pas trop bougé, l'exposition offerte par le label de Seattle ne devrait qu’aider ce sympathique quatuor à toucher une audience un peu plus garnie.

Ici, pas de pose inutile, mais l’œil toujours pétillant et un sourire en coin, doublés d’une nonchalance et d’un savoir-faire à toute épreuve au service de la sacro-sainte pop song ne dépassant que très rarement les trois minutes. Tout au long des treize titres de « Cooler Returns », on est donc en terrain connu et on y est bien. Si les noms de Pavement, des Strokes et de Parquet Courts reviennent régulièrement (à raison) sur le tapis pour établir une filiation avec Kiwi Jr., on a aussi envie de citer les plus anciens Camper Van Beethoven ou même Wilco pour ce léger vent de folie couplé à un songwriting que l’on pourrait taxer de classique, mais qui le rend d’autant plus intemporel et solide au final.

Personne n’est dupe, il faudra que Jeremy Gaudet et ses potes charbonnent pour maintenir la vapeur et ne pas trop vite rejoindre The Spinto Band, The Cribs et autres The Soft Pack dans la trop longue liste de groupes qu’on a un peu trop vite délaissés. Mais on est plutôt confiants. Surtout que l'on sent Kiwi Jr. taillé pour la scène, et qu'on espère vivement pouvoir célébrer avec eux la magie de l'instant présent dans un futur pas trop lointain. 

 

 

Le goût des autres :