Clarion Call

Inigo Kennedy

Token  |  2015
9 / 10
par Jeff  |  le 15 décembre 2015

Au milieu d’une jungle techno sans pitié, on est heureux de voir déambuler des types comme Inigo Kennedy, les mains dans les poches mais le sourire aux lèvres. Humble et honnête, l’Anglais incarne tout ce qu’on aime chez un bon producteur de musique électronique : bosseur, il est de ceux qui pensent leurs choix de carrière en fonction de leurs instincts et non de leur portefeuille, qui placent l’humain au cœur de leur cheminement (on pense à son amitié avec Kr!z, patron de Token) et qui avancent sans se foutre de ce que l’on pensera des choix qu’ils posent.

Après, si tu nous lis Inigo, sache que les choix en question, on les a toujours respectés d’abord, validés ensuite. Notamment en 2014, quand tu sortais Vaudeville, immense album de techno ne sachant jamais trop choisir entre la main de fer et le gant de velours, mais toujours précis et élégant dans sa façon d’administrer les gifles.

Depuis, on avait plus des masses de nouvelles du bonhomme, si ce n’est pour un titre sur la compilation-anniversaire de Token ou un EP de remixes. Mais voilà, peut-être conscient que le pull en laine trop grand que va t’offrir ta maman à Noël ne suffira pas à faire ton bonheur, Inigo Kennedy s’est dit que tu pourrais demander au vieux barbu son nouvel EP, Clarion Call.

Et franchement, pas besoin de passer par la case Soundcloud ou Spotify histoire de s’assurer de la qualité du bazar. Clarion Call, c'est de la bombe en spray, et pour plein de raisons. La principale étant quand même la propension du sujet de Sa Majesté à s'amuser avec les textures et les ambiances alors que le format est court, tout en arrivant à livrer un résultat final qui renvoie une impression de solidité et de cohérence.

Sur ces quatre nouveaux titres, Inigo Kennedy sort ses plus beaux claviers, alterne les cadences, pond des mélodies d'une incroyable limpidité (ça manque un peu dans la techno en 2015...), nous balance sur des ascenseurs émotionnels et fait montre d'une science de la composition absolument irrésistible - une écriture assez intemporelle qui confère énormément de chaleur à des sonorités qui n'en ont que très peu à la base. Pas question d'usiner du dj tool, Clarion Call se veut être un objet à part entière, qui s'appréhende dans son intégralité et doit pouvoir convenir à une écoute au casque comme à un passage en club.

Entre rêverie, hypnose et percussion, Clarion Call voit surtout Inigo Kennedy synthétiser en une petite trentaine de minutes tous les artifices qu'il maîtrise le mieux, comme si cet EP pouvait servir de carte de visite idéale pour le producteur. Une carte de visite dont il n'a plus vraiment besoin, vu son pédigrée et sa longévité. Respect, plaisir d'offrir, joie de recevoir, cœurs avec les doigts, encore et toujours.

Le goût des autres :