Burden of Proof

Benny The Butcher

Griselda Records  |  2020
8 / 10
par Jeff  |  le 3 novembre 2020

Ce n’est pas l’envie qui manque de vous parler plus régulièrement de Griselda. Le collectif basé à Buffalo, et chouchouté par Eminem, est certainement l’une des meilleures choses qui soient arrivées à un mouvement hip hop qui a parfois du mal à célébrer l’héritage des anciens à travers une musique qui parvienne à être actuelle et emplie de déférence. En d’autres termes, réussir ce qu’un Joey Bada$$ avait accompli sur la mixtape 1999, avant de partir vers d’autres horizons.

Mais notre envie de vous parler de leurs exploits est freinée par deux éléments : le premier tient au rythme de production délirant du trio. À eux trois, Benny The Butcher, Westside Gunn et Conway The Machine ont sorti une trentaine de projets ces trois dernières années. Le second tient à leur qualité : si toutes ces références réussissent l’exploit de ne jamais être mauvaises, la simple quantité peut décourager le fan un peu moins assidu. C’est bien simple : à chaque fois qu’on a suffisamment écouté un disque pour pouvoir vous en parler, un nouveau surgit sur les plateformes de streaming, écrasant notre mémoire tampon ou broyant notre motivation. 

Mais on ne pouvait pas passer sous silence ce nouvel album de Benny The Butcher, peut-être pas le membre le plus charismatique du crew (Westside Gunn et ses adlibs lunaires captent déjà une grosse partie de l’attention) ou celui dont la gueule marque le plus les rétines (difficile de battre Conway à ce petit jeu, lui dont une partie du visage est paralysée après avoir reçu une balle en pleine tête) , mais certainement le plus régulier au niveau de la qualité proposée. Que ce soit en 2018 avec Tana Talk 3, ou l’année suivante avec The Plugs I Met, le MC enchaîne les projets solides, street à souhait, qui ne bénéficient certainement pas des dithyrambes que mérite pourtant un artiste qui aura mis une quinzaine d'années pour faire ses adieux aux caniveaux de Buffalo et mettre derrière lui un passé de dealer d'héroïne. 

Première force du projet : l’emballage. Tandis que le mixage et l’enregistrement ont été pris en charge par Young Guru, que les plus gros noms du rap s’arrachent, la production a été confiée à Hit-Boy, monsieur « Niggas in Paris », et certainement l’un des producteurs qui, à l’instar des gars de Griselda, est tout à fait capable de jouer les traits d’union entre ancienne et nouvelle école. Et si son travail en 2020 pour Nas ou Big Sean a pu sembler plus anecdotique, c’est peut-être parce qu’il avait gardé ses plus belles cartouches pour Benny. Sur un album qui semble être autant un hommage au son Roc-A-Fella qu’à la cigar music du Maybach Music Group (pas étonnant que Rick Ross soit venu faire coucou sur un « Where Would I Go » pensé pour lui), les deux hommes se trouvent les yeux fermés, et jamais cette collaboration ne semble contre-nature ou forcée. Et quand l’alchimie est totale, cela donne des bangers certifiés ou des tubes underground, à l’image d’un « One Way Flight » où il ne manque qu’un couplet de Jay-Z qui débuterait par ‘it's ya boy Hov pour que le strike soit total, le posse cut guerrier « War Paint »  un « Famous » soulful à souhait, ou un « Timeless » tellement bon que même Lil Wayne réussit à sortir de sa léthargie pour poser un couplet qui nous rappelle qu’il a bien été le greatest rapper alive.

Avec ce Burden of Proof impeccable, Benny The Butcher conforte un peu plus sa place au panthéon des rappeurs dont le talent est inversement proportionnel au nombre de streams qu’il génère, malgré la validation d'un milieu dans son ensemble. Quant à son disque, il nous fait oublier que, malgré ceci ou cela, Westside Gunn a déçu sur WHO MADE THE SUNSHINE, son premier album officiel pour Shady Records qui n'arrive pas à la cheville de Pray For Paris sorti plus tôt dans l'année.

Le goût des autres :