Breakthrough

The Gaslamp Killer

Brainfeeder  |  2012
8 / 10
par Aurélien  |  le 8 novembre 2012

Le crate digging n'accélère pas la chute des cheveux : preuve en est, depuis qu'il bosse sur Breakthrough, la tignasse folle de The Gaslamp Killer s'est même métamorphosée en luxuriante crinière. Breakthrough, c'est ce premier long-format que l'on a à peine eu le temps d'attendre: celui-ci a en effet débarqué sans le moindre effet d'annonce au beau milieu d'un mois de septembre déjà fort lourd en sorties. Et comme pour mieux nous violer l'esgourde en profitant de la surprise, l'assassin surexcité de chez Brainfeeder n'a pas lésiné sur les invités - Daedelus, Miguel Atwood-Ferguson ou encore Samiyam - pour garnir son tracklisting de précieux stupéfiants sonores sans jamais trahir ce goût unique pour le psyché grandiloquent. Et en choisissant de convoquer dans sa drôle de galère Black Sabbath, Mr. Oizo ou encore Lorn, The Gaslamp Killer sait nous prendre par les sentiments et dévoile un langoureux parfum de LSD. Pour notre plus grand plaisir.

Et quand on parle de l'éminence grise à qui l'on doit la production de l'impayable premier album de Gonjasufi, on a forcément une liste d'attentes à rallonges: le tueur à la lampe est-il en mesure de s'exprimer seul sans jamais empiéter sur les territoires hallucinés de son rasta désabusé de pote? Il serait naïf d'affirmer le contraire : Breakthrough a en commun avec A Sufi & A Killer cet art de passer sans crier gare de la levrette à la sodomie, de court-circuiter son propre fil conducteur pour mieux envoyer balader l'auditeur lambda sur les roses dès qu'il entre dans une zone de confort. Et si les allergiques de la première heure risquent de grincer des dents à la seule lecture de cette description, les autres seront probablement ravis de retrouver dans ce premier album le sceau diabolique d'un producteur qui puise autant ses influences dans les standards des séries Z que dans la bass music épileptique, sans oublier de faire un tour par les standards hippies.

D'ailleurs, la mixture de Will Bensussen a tôt fait de se transformer, pistes majoritairement instrumentales obligent, en une OST idéale pour n'importe quelle badasserie sortie du cervelet cramé de Robert Rodriguez: l'imagerie offerte par le beatmaker résonne en effet comme l'accompagnement sonore idéal d'un scénario où ça baise et ça explose à tout va, où les cowboys fument le bong de la paix avant d'affronter une armée de ninjas commandée par un Frankenstein bédouin, et dans lequel on se doit d'user de tous les prétextes - et y compris les plus bidons - pour sortir les plus gros flingues, montrer un bout de sein ou rentabiliser les tonnes d'hémoglobine artificielle achetées. Difficile de prendre réellement au sérieux cet espèce de nanar auditif dans lequel The Gaslamp Killer donne libre cours à ses fantasmes les plus sordides et décalés.

Pari réussi donc pour la crinière flamboyante de Los Angeles : son blockbuster hip-hop nous en met définitivement plein la vue avec son grain opiacé et ses savoureux invités. Produit riche en valeur ajoutée où le beatmaker se pose en maestro lunatique voire carrément borderline, Breakthrough est un véritable pétage de plomb qui enchante, électrise et parfois choque. Une véritable bouffée d'air, décomplexée et novatrice, à ranger parmi les meilleures plaques de ce second semestre.