Black Patterns Vol.1

Black Patterns

Lobster Theremin  |  2016
6 / 10
par Simon  |  le 3 mars 2016

Certains disques ont le chic pour attiser notre curiosité uniquement avec leur laïus promotionnel (alors que cet exercice témoigne souvent de la médiocrité et du manque d’honnêteté des stagiaires), pour nous caresser dans le sens du poil avant même qu’on ait lancé notre première écoute. Black Patterns Vol.1 fait clairement partie de cette catégorie. Si on s’en tient à la page Bandcamp de l’album, on aura droit ici à un mélange de techno, de house, de noise et d’électro, référençant les noms Cabaret Voltaire, Basic Channel, Jeff Mills, King Tubby ou DAF, et évoquant un enregistrement à partir d’une K7 qui aurait servi pendant vingt ans à contenir des centaines de choses, dont des disques de Coil. Le tout avec l'étiquette club-friendly de l'excellent label Lobster Theremin - Black Patterns est en fait le pseudonyme un peu expérimental de Snow Bone, usual suspect de la structure. N’en jetez plus, la coupe est pleine : si le disque est à la hauteur de la description, et rien ne permet de penser le contraire à première vue, on tient ici un top 3 de fin d’année, sans problème.

Et pour le dire très vite, le disque commence plutôt bien. « 1 » sert d’apéritif, entame le programme dub-techno avec un groove linéaire et une merveille de clavier avant de passer sur de la house jackée finie au papier de verre. C’est propre et plutôt engageant, mais rien à voir avec le « 2 » qui fout une grosse mandale à hauteur des gencives : énorme entame techno « à la Jeff Mills », sourde et impériale, croisée avec des hi-hats tout pétés et une électricité qui pue le crack à mesure que le titre avance. Ce titre-là justifie à lui seul le statut de belle promesse qu’on prêtait au départ à Black Patterns, en plus de confirmer qu’ici la variété sera de mise. Impression consacrée avec l’electro-indus de « 3 », qui lorgne sans soucis du côté des meilleurs élèves de Perc Trax ou de L.I.E.S..

On ne vous fera pas l’insulte d’aller plus loin dans la chronique titre par titre. On soulignera par contre qu’une des principales qualités de ce Black Patterns Vol.1 est que, peu importe la voie musicale empruntée (rajoutez la bass music avec « 8 », l’electronica-noise de « 4 »), Black Patterns réduit au maximum les outils et les techniques sonores pour ne pas sombrer dans les limbes de la branlette sur-intellectualisée. C’est une qualité qu’on apprécie beaucoup par ici. Ceci étant dit, le danger de ce genre d’écriture réside dans le fait qu’une fois à poil, on n’a plus rien à cacher. Exit les tours de cons et les manipulations de petits branleurs, ici les défauts ressortent plus que tout. Et malheureusement, à la lumière de la simplicité, un paquet de choses dénotent dans ce disque. On ne parle pas de foirage intégral (quoiqu’on se demande encore ce « 6 » fout là, entre mastering complètement baisé et vide intersidéral), simplement des longueurs et une trop grande tendance à l’inertie qui ont tendance à plomber les titres.

La nuance est pourtant fine entre l’exploit total et le gros regret, entre des bombes techno et électro (tout ce qui est influencé par la techno de Détroit ici est simplement intouchable, ce « 7 » en est la preuve) et des choses plus anodines ou fatigantes, la faute peut-être à une mauvaise exploitation de la « négligence » musicale, à une simplification du propos qui ne touche pas tout le temps sa cible et à un aspect compilation qui n’aide pas plus à structurer le propos. C’est un peu dommage parce qu’une bonne moitié de ce LP fait la nique à pas mal de producteurs, et que le côté très brut, vintage et artisanal de la chose est assez délicieux. Bref on tient un disque plutôt cool là où on était en droit d’attendre le blockbuster de l’année.