Black Hours

Hamilton Leithauser

Ribbon Music  |  2014
8 / 10
par Jeff  |  le 25 juin 2014

Il est assez frappant, pour ne pas dire choquant, que parmi les premiers résultats renvoyés par Google (en français) au sujet de Hamilton Leithauser figurent une chronique de Télérama, une bio officielle, un renvoi vers la page Wikipédia de The Walkmen ou une paire de news made in GMD sur la carrière solo de l’Américain. Attention, ne vous y méprenez-pas : on est ravis de figurer en bonne place dans l’algorithme du géant américain, mais d’habitude, on se fait damer le pion par des confrères ayant davantage pignon sur rue que nous.

Par ailleurs, on peut s’étonner de l’absence d’emballement autour d’un premier album en solitaire pour celui qui a été une bonne dizaine années durant la voix d’un des plus grands groupes de l’indie américain (et l’un des plus sous-estimés de ce côté de l’Atlantique). De fait, on aurait pu penser que la machine à hype se mettrait autrement plus vite en branle vu la liste des collaborateurs : outre Paul Maroon de The Walkmen, on croise sur le disque Amber Coffman (des Dirty Projectors), Rostam Batmanglij (clavier de Vampire Weekend), Richard Swift (brillant songwriter désormais membre de The Shins), et Morgan Henderson (ex-Blood Brothers et désormais multi-instrumentiste pour Fleet Foxes). Paradoxal d’ailleurs pour un album avec un morceau intitulé « I Don’t Need Anyone ». Soit.

Passées ces considérations liminaires, il convient de se poser une question toute simple : vu l’identité forte qu’a su se forger son groupe en sept albums pour la plupart très réussis, Hamilton Leithauser allait-il s’affranchir de son passé ou nous sortir la carte du disque en solo qui n’a de solo que le nom ? Et bien la réponse se situe quelque part entre ces deux affirmations. En effet, on aurait pu imaginer que le guitariste Peter Matthew Bauer se fasse la malle avec l’identité sonore du groupe sur son album solo qui sort ces jours-ci (et qu’on ne vous conseille pas particulièrement) mais Black Hours sert à comprendre combien la voix de Hamilton Leithauser était l’élément central du « son Walkmen ». Une voix légèrement rauque et terriblement touchante qui montre ici combien elle sait s’accommoder d’une belle palette d’ambiances. Mais si le fantôme du groupe plane régulièrement sur le disque, on comprend également que les envies d'ailleurs de Leithauser conjuguées à la variété des collaborateurs permettent au disque de prendre ses distances avec le passé.

A le voir sourire sur la pochette de Black Hours, on comprend combien Hamilton Leithauser s’épanouit en solitaire. En effet, souvent tendu et sur la corde raide, le rock des Walkmen ne s’offrait que peu de pauses. Ici, les fenêtres sont grandes ouvertes, et si certains titres tendent à montrer combien son groupe continue de faire partie de son ADN, Hamilton Leithauser se montre plus libéré que jamais, jouant sur les nuances et s’amusant avec des tonalités claires-obscures qui font de Black Hours une véritable montagne russe émotionnelle qui nous touche sans nous retourner inutilement le bide. A ce titre, les trois premiers titres de Black hours sont à l’image d’un disque dont la variété est l’un des principaux atouts : crooner solitaire sur l’inaugural « 5 AM », Hamilton Leithauser se la joue troubadour pop sur « The Silent Orchestra » avant de mettre ses cordes vocales à contribution sur l’efficace single « Alexandra ». Trois titres pour vite comprendre la versatilité d'un artiste dont le premier album en solitaire nous ferait presque oublier qu'on ne risque pas d'entendre The Walkmen de si tôt. On a bien dit 'presque'.