Althaea

Trailer Trash Tracys

Double Six / Domino Records  |  2017
6 / 10
par Éloïse  |  le 13 septembre 2017

Cinq ans après un Ester globalement mal reçu par la critique, le duo londonien Trailer Trash Tracys a la patate. Finies les déambulations dans de sombres couloirs en tirant la gueule, on sort désormais s'aérer les poumons en bord de mer près d’une payotte ornée de néons fuschias qui font un peu mal aux yeux.  

Même s’ils se sont un peu calmés sur la reverb, que les hipsters se rassurent: les sonorités glaciales propres à la dream pop des premiers titres sont toujours là. Les guitares distordues et les claviers perçants se languissent et se réjouissent d’une myriade de percussions mélodiques - xylophone, congas, steel drum, maracas et on en passe. Il y a aussi cette grosse basse, entr’aperçue sur l’"Engelhardt’s Arizona" d’Ester, sacrement rondelette, parfois lourdingue, qui accompagne tout l’album comme l’un des personnages principaux de cet opéra balnéaire. 

Oui oui, un opéra. Althaea est un album théâtral qui s'ouvre sur une présentation instrumentale de ses personnages abstraits. En une superposition sonore chaotique, les instruments attendent la voix directrice de leur héroïne mythologique qui finit par débarquer comme descendue du ciel dans l’"Eden Machine", le second titre. Toutes en grandiloquence, les premières notes inquiétantes du "Gong Gardens" semblent compliquer l’épopée d’Althaea qui prend ses airs conquérants pour ensuite aller se reposer chez "Siebenkäs"; apparemment pour boire un coup avec la grosse basse qui parle très fort et a l’air déjà bien beurrée et qui ne désaoulera malheureusement pas avant le septième morceau, après avoir été la reine des reloues sur "Bettys Cavatina", à te gueuler dans l’oreille comme ton pote à son septième whiskey, quand il tient à peine debout, mais fait quand même de bonnes blagues. L’album se poursuit sur ce même registre emphatique et si il est loin d’être dénué d’intérêt, il n’en est pas moins épuisant. 

Althaea est une fresque qui ne laisse aucun répit, une grosse tapisserie rococo qui en fout partout du début à la fin, et c’est un peu dommage. Car écouter ce disque, c'est l’impression de s'être farci les géniaux Tadaima d’Akiko YanoThe Visitors d’Abba et The Hurting de Tears For Fears en boucle aléatoire pendant 24h. Ce qui nous fait dire qu'Althaea est beaucoup trop éprouvant pour avoir envie d’y revenir dans son intégralité. On a envie d’être sarcastique et de dire que ce n’est pas que les Anglais ont fait de mauvais choix, mais qu’à l’image de leur gastronomie, ils n’en ont fait aucun et nous servent la bouillie dans une jolie pâte feuilletée légèrement écoeurante. Mais ce serait un peu trop vilain étant donné la qualité globale de la composition et l’existence de titres phares, autonomes et merveilleusement pop comme "Eden Machine", "Siebenkäs", ou "Singdrome", un slow qu’on entendra certainement à mon mariage.