ALPHA

Charlotte Day Wilson

Stone Woman Music  |  2021
7 / 10
par Jeff  |  le 19 juillet 2021

Qu'est-ce qu'on aimerait pouvoir vous dire que l'on suit avec la plus grande attention - et depuis des années déjà - la trajectoire ascendante de Charlotte Day Wilson. Qu'est-ce qu'on aimerait pouvoir vous dire qu'on avait déjà repéré cette voix cristalline quand elle officiait au sein du groupe de "smooth-ass R&B" The Wayo. Qu'est-ce qu'on rêverait pouvoir s'enorgueillir du fait qu'enfin elle prend son envol avec ce premier album qui fait suite à plusieurs EP dont on a régulièrement dénoncé l'indifférence criminelle dans laquelle ils étaient accueillis par chez nous. Mais non. Pour que nos routes se croisent, il aura fallu un simple post Instagram de BADBADNOTGOOD, annonçant la sortie d'un ALPHA auquel le groupe a collaboré le temps d'un titre qui porte très clairement sa griffe, "I Can Only Whisper" - un retour d'ascenseur bien normal, Charlotte Day Wilson ayant poussé la chansonnette sur IV. Bref, pour le rôle de prescripteur ou de découvreur de talent que l'on ambitionne de se donner, on repassera.

Mais qu'importe au final, tant que la rencontre est belle. Et dans le cas de la native de Toronto, on peut même parler d'un coup de foudre pour cette voix d'une exceptionnelle profondeur et d'une rare sensualité, qu'elle utilise toujours à son avantage, évitant de donner dans les poussées d'air qui donnent des poussées d'urticaire. Cette approche saute aux yeux lorsqu'elle se met en phase avec le groove délicat de "Keep Moving" ou quand son économie de moyens magnifie la ballade gospel "Mountains", que d'autres dont on taira ici le nom auraient phagocytée avec de vaines pirouettes. Non, tout le talent de Charlotte Day Wilson réside dans sa capacité à s'assurer un positionnement parfait, et à mettre sa voix au service de sa neo-soul, et non l'inverse.

Cette approche qui semble osciller entre la prudence et la discrétion est d'ailleurs autant la force que la faiblesse du disque. Car si rien ne dépasse sur ALPHA (et en fait donc une impeccable carte de visite et un marchepied vers des lendemains encore plus radieux), on sent aussi qu'il lui manque parfois ce petit supplément d'âme et d'assurance que l'on retrouve chez des filles dont les posters ont peut-être tapissé les murs de la chambre de Charlotte Day Wilson - on pense à la Adele de 19, mais aussi à Beyoncé ou Sade pour citer une autre chanteuse qui a fait de sa sensualité tout en retenue une arme fatale.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : il faut bien un talent hors du commun pour maîtriser son sujet avec une telle aisance et une telle assurance, et produire un album qui à aucun moment ne lasse ou n'ennuie. C'est même tout le contraire : tout est fait pour que l'on retombe dans les bras de Charlotte Day Wilson, dont l'étreinte câline constitue d'ores et déjà l'un des plaisirs les plus gratifiants de notre été.