All Things Being Equal

Sonic Boom

Carpark Records  |  2020
7 / 10
par Camille  |  le 9 juin 2020

Rien n’est simple, et la carrière de Sonic Boom est aussi lisse et bien tracée qu’une autoroute wallonne. Jusqu'en 1991, avec son comparse Jason Pierce (ensuite parti fonder Spiritualized), l'Anglais a donné dans le rock à tendances expérimentales et s'est bâti une véritable légende sous le nom de Spacemen 3. Une fois remis de l'explosion du projet en plein vol, il a ensuite dégainé de toutes parts les collaborations, s'associant avec Stereolab, MGMT, Beach House ou encore Panda Bear, dont il a produit les derniers efforts alors que celui-ci était basé au Portugal - une contrée qui lui a tapé dans l'œil puisqu'il y a depuis élu domicile.

Ce n'est un secret pour personne : Peter Kember en connaît un rayon en matière de psychédélisme et de psychotropes - et sa connaissance du sujet, il ne l'a pas acquise dans des bouquins. Et dans ce nouveau projet solo, le premier depuis l'incroyable Spectrum en 1989, il met à profit ses années d’"éveil spirituel" au service d’une musique symbiotique, entre les enregistrements de synthé analogiques et une amplification purement numérique. Aussi, il met un point d’honneur à ce que les instruments qu’il utilise pour créer les différentes couches sonores de ses morceaux, d’une Yamaha bon marché des années 80 à un Music Modem qui rendrait sceptique ton cousin qui s’improvise DJ aux kermesses du village, participent par leur singularité à atteindre la note parfaite pour faire vibrer la spiritualité de l’auditeur. 

Pour atteindre définitivement ses nobles objectifs, Sonic Boom pose une voix de gourou sur sa musique, ouvrant le voyage avec un « Just Imagine » dont le clip a dû favoriser l'évasion spirituelle durant le confinement. Le musicien a toujours été sensible aux causes louables, et son engagement s'est vu exacerbé avec les années. Ainsi, sur ce morceau, son grand cœur s'est inspiré de l'histoire d'un enfant guéri du cancer après s’être imaginé en nuage qui pleut sa maladie. 

De façon générale, les paroles facilitent la compréhension de la musique et nous guident dans le voyage du dedans. La prise de conscience fluctue entre don d’amour infini et mysticisme sombre, notamment dans « Spinning Coins and Wishing on Clovers » où la vie ne semble tenir qu'à une feuille de trèfle. Le rôle de leader spirituel est définitivement acquis sur « My Echo, My Shadow and Me », dont les oscillations musicales nous projettent dans un rite où la conscience de nous-mêmes s’intensifie soudainement. Le crédo général de l’album vibre sur « The Way You Live », qui nous invite à mettre en perspective les choix que l'on pose dans la vie quotidienne. On quitte sur un échange plutôt positif, et le dernier morceau « I Feel a Change Coming On » entre étrangement en résonance avec les discours utopistes sur un monde post-pandémie plus sensible à l’éthique. Sans doute croit-il à une prophétie auto-réalisatrice lorsqu’il nous chante « What I see is where we’ll need to be / I feel a change coming on / I feel it coming on real strong ». On l’espère Peter, on l’espère… 

Après trente ans d’absence sous l'étiquette Sonic Boom, Peter Kember nous invite à nous envoler pour une heure de transe psychédélique avec All Things Being Equal. Si ce concept s’essouffle aux deux tiers de l'album, globalement le trip est plutôt agréable et il n’y a pas de mauvaise descente. Depuis son jardin portugais, inspiré par ses plantes et de vieux enregistrements, la poudre au nez lui est montée à la tête et l’artiste aspire à un équilibre universel. Grand bien lui fasse.