Âlem

Altin Gün

Autoproduction  |  1970
7 / 10
par Jeff  |  le 5 août 2021

En début d’année, Altin Gün faisaient exactement ce que l’on attendait d’eux sur Yol : puiser dans les musiques traditionnelle et psychédélique turques pour produire une nouvelle concoction à base de groove, totalement en phase avec une époque tout à fait à l’aise avec ce genre de pollinisation croisée. On en a peu parlé à l’époque, mais pour mettre ce second album en boîte, le groupe basé à Amsterdam s’est adjoint les services d’Asa Moto, duo flamand proche de Stephen et David Dewaele (Soulwax, 2manydjs) et de leur formidable label DEEWEE. D’ailleurs, quand ils posent sur celui-ci, on décèle dans leurs compositions une filiation évidente avec les travaux les plus récents de la fratrie gantoise, dont l’amour pour les synthétiseurs n’est plus vraiment un secret. Cette passion pour ces instruments, vintage de préférence, les deux d’Asa Moto l’ont discrètement fait infuser dans les compositions de Yol, et vont encore un cran plus loin dans leur "prise de pouvoir" au sein du groupe en lui faisant embrasser l’electro-pop et le disco de manière ostentatoire sur Âlem.

Le virage pourra sembler inattendu, voire difficile à digérer pour certains fans « historiques » d'Altin Gün, mais il est tout à fait compréhensible : ce second album en quelques mois à peine ressemble surtout à un cadeau que le groupe se fait, libéré de toute pression. C’est aussi un joli cadeau qu’il fait à EarthToday, ONG environnementale néerlandaise qui percevra tous les bénéfices d’un disque uniquement disponible au format numérique sur Bandcamp. Le groupe s’inscrivant dans une démarche totalement altruiste, on a le sentiment qu’il a voulu pousser plus loin encore sa collaboration avec Asa Moto, et se remettre en question d’une manière très ludique – qui eut cru qu’il s’amuserait un jour avec des influences new age, comme c’est le cas sur « Oğlan ». Ainsi, dès les premières secondes de « Yali Yali », reprise d’un standard de la musique turque popularisé par un edit de Todd Terje, le parti-pris est clair : mettre tout les talents d’amalgamation du groupe au service d’un propos encore plus radical dans sa façon d'intégrer les synthés. Mais là où la surprise est la plus totale, c’est que ce qui aurait pu ressembler à un délire mal maîtrisé ou à une progression à tâtons a en réalits des airs de produit fini, et ouvre à Altin Gün de nouvelles perspectives.

Quand on écoute des titres aussi efficaces que « Badi Sabah Olmadan » ou « Cips Kola Kilit », on réalise qu’au-delà de l’association avec Asa Moto, le groupe fait montre d’une souplesse qui lui permet d’envisager l’avenir avec autant de sérénité que d’excitation.

Le goût des autres :