Absent Friends

The Divine Comedy

Parlophone  |  2004
9 / 10
par Popop  |  le 15 février 2004

Parfois un artiste tente un virage à 90°. Parfois même, ça peut très bien marcher. On perd quelques fans de la première heure mais on se réinvente pour dix ans. Radiohead l’a fait avec succès. Scott Walker aussi, même si dans son cas, le succès fut plus d’estime que commercial. En quelque sorte, Neil Hannon, tête pensante de The Divine Comedy, a tenté de concilier les deux en 2001 avec la sortie de Regeneration, un disque où l’irlandais quittait ses habits de digne héritier du grand Scott pour des sonorités plus modernes, avec l’aide du producteur Nigel Godrich. Le résultat fut bâtard, un disque beaucoup plus rock, où le songwriter présentait certaines de ses plus belles compositions mais noyées dans un ensemble impersonnel. Se réinventant comme le leader d’un groupe et plus comme le groupe a lui tout seul, son ego prit un congé bien mérité mais ne tarda pas à vouloir revenir au devant de la scène. D’ailleurs, dès la fin de la tournée qui suivit la sortie de Regeneration, Neil Hannon se sépara de ses musiciens.

Après quelques escapades scéniques en compagnie du génial Ben Folds, le petit prodige de la pop disparut de la circulation. Pour revenir discrètement en ce printemps avec un nouvel album, Absent Friends, au titre cruel et expiateur. Car Neil Hannon a décidé de ne plus taire ses aspirations symphoniques et son désir de rendre hommage à son idole de toujours ; Scott Walker. En fermant les yeux, l’ex-Walker Brother pourrait presque être entendu sur "Leaving Today" ou "Sticks And Stones", morceau lancinant magnifié par les arrangements de Yann Tiersen, ami de longue date de l’irlandais.

Mais il serait réducteur de ne voir en The Divine Comedy qu’une réactualisation cheap et moderne de la pop de la fin des années 60. "Come Home Billy Bird", premier single extrait du disque, convie la voix fluette de Lauren Laverne (ex-Kenickie) pour une cavalcade pop intemporelle, tandis que "Charmed Life", qui clôt l’album, tient autant de la valse que de l’œuvre de Kurt Weill. Quand à l’orchestre symphonique, qui fait ici son grand retour, il est mieux utilisé que par le passé. Si Fin de Siècle flirtait plus que de raison avec le kitsch et le pompeux, Absent Friends se veut lyrique mais jamais outrancier. Même "Our Mutual Friend", exercice de style périlleux où seuls cuivres et cordes habillent la voix de Neil Hannon, évite l’écueil du tape-à-l’œil - la production de Nigel Godrich n'étant sans doute pas étrangère à ce petit miracle.

Les amis absents, donc. Ou l’œuvre d’un jeune père de famille finalement apaisé dans sa quête de la perfection et prêt à admettre que sa préciosité est peut-être l’une de ses plus grandes qualités. Sur disque, il est en tout cas flagrant que jamais, depuis Casanova, la pop de Neil Hannon n’a semblé aussi élégante et chaleureuse.

Le goût des autres :

note : 88/10Jeff note : 99/10Splinter