A State of War

Poni Hoax

Pan European  |  2013
5 / 10
par Jeff  |  le 23 April 2013

A l’été 2010, nous interviewions Laurent Bardainne, compositeur et claviériste de Poni Hoax, histoire de savoir ce que mijotait le groupe – convaincus que leur nouveau disque sortirait avant la fin de cette année-là. On pouvait être confiant: même si l’on sait la bande à Nicolas Ker un peu foireuse aux entournures, elle préparait un disque influencé par le thème de la guerre « depuis la sortie de Images of Sigrid », bossait avec Renaud Letang (même si cette perspective ne nous réjouissait pas particulièrement) et se rapprochait d’une major (en l’occurrence Sony) après avoir explosé sur Tigersushi. Et si on ne nous avait pas menti sur la thématique globale de A State of War, on peut également dire que Nicolas Ker et les siens ont déjoué nos pronostics les plus farfelus, en mettant pas moins de cinq pénibles années de fuck ups successifs pour accoucher de ce troisième effort. Avec un bout du compte une déception à la hauteur de nos attentes, peut-être démesurées.

En même temps, les Parisiens n’étaient pas obligés de nous pondre deux des meilleurs disques jamais enfantés par le rock français des années 2000, pas obligés non plus de bâtir une légende alimentée par des pulsions autodestructrices et des excès en tous genres. Attentes démesurées donc, pour un disque horriblement brouillon et incompréhensible. En 2008, en plus d’être l’un des meilleurs groupes français en activité, Poni Hoax défendait une vision très élégante et noire du post-punk, pas très vendeuse certes, mais tellement séduisante. Après, on ne peut pas leur en vouloir d’avoir des envies d’autre chose, mais quand celles-ci ressemblent au final à une version mal torchée du Young Americans de David Bowie, que l’ensemble semble parfois avoir été produit à la truelle et que, pire que tout, le groupe dégage trop souvent cette impression désagréable d’être en totale roule libre, c’en est trop pour le fan de la première heure qui attendait de cette galette qu’elle soit aussi guerrière que son titre.

Après, ce n’est pas comme si tout sur A State of War était à jeter aux oubliettes: on adore la calvacade pop qu’est « Blood and Soda », on fond devant le groove crépusculaire et la fragilité de « Life in a New Motion » et on crève d’envie de savoir ce que vont donner les huit minutes bouleversantes de « The Word » sur scène, mais que ces moments de grâce et d’élégance sont rares. Au final, la maigre consolation, on la trouve dans l’excellentissime interview accordée au groupe au site Gonzaï. Dans celle-ci, Laurent Bardainne  se félicite d’avoir dégoté un super tourneur histoire de « pouvoir partir en tournée avec des lumières, un spectacle, des super décors. » Quant à Nicolas Ker, il nous promet « Apocalypse Now sur chaque date. » Et rien que pour ça on fera le déplacement avec des fourmis qui nous boufferont le bide. Quitte à devoir s’infliger des titres aussi indigestes que « Marida » ou « Leaving Home Again ». Parce que malgré toutes leurs erreurs, ces mecs-là le valent bien.

Le goût des autres :