A Broke Moon Rises

Papa M

Drag City  |  2018
8 / 10
par Jeff  |  le 11 septembre 2018

Le CV de David Pajo se lit comme un important chapitre du livre de la grande histoire de l'alternatif américain: le natif du Kentucky a fait partie de la légende Slint, pour ensuite rejoindre Tortoise et participer à deux des meilleurs albums du groupe, TNT et Millions Now Living Will Never Die. Par après, il a collaboré à des degrés d'implication divers avec Royal Trux, Matmos, Mogwai, les Yeah Yeah Yeahs, Zwan ou Interpol. En solo, l'Américain n'a pas chômé non plus, brouillant les pistes et multipliant les trajectoires. Mais c'est sous son pseudonyme Papa M qu'on a peut-être le plus parlé de lui, notamment pour son Whatever Mortal sorti en 2001 sur Drag City, et qui se structurait autour d'un groupe à l'impressionnante carte de visite: Britt Walford (batteur de Slint), Tara Jane O'Neil, et Will Oldham, originaire comme lui de Louisville. C'est d'ailleurs du folk crépusculaire de ce dernier que se rapprochait le plus la musique de Papa M à l'époque. Un projet actif jusqu'en 2004 et réactivé en 2016 dans une démarche thérapeutique après une tentative de suicide ratée l'année précédente. 

On voudrait faire comme si cela n'était jamais arrivé, mais il plane sur ces cinq titres une ambiance glaciale, qui transperce par intermittences l'espoir et la beauté simple que l'Américain a voulu insuffler à son nouvel album. Cherchant encore plus l'épure que sur Highway Songs en 2016, David Pajo travaille son folk à même l'os, fuyant comme la peste les effets de manche ou les ambiances pastorales. Quatre guitares acoustiques et une batterie discrète (mais qui sait se rendre essentielle comme sur la plage d'ouverture) sont les ingrédients principaux d'un disque qui trouve son plaisir et sa raison d'être dans des structures simples et la répétition de motifs clairs-obscurs - une approche qui réussit tout particulièrement à notre homme quand il prend le pari risqué mais payant de s'attaquer à une composition d'Arvö Part, judicieusement placée en fin de disque. Souvent, on sent David Pajo terriblement seul, avec ses idées noires, ses espoirs et ses envies de rédemption, à la recherche d'un idéal qu'il lui semble hors d'atteinte. A Broke Moon Rises, ou quand le poids écrasant du réel permet d'accoucher d'un disque qui se vit en apesanteur.