36 Seasons

Ghostface Killah

Tommy Boy  |  2014
7 / 10
par Jeff  |  le 21 décembre 2014

Vous avez remarqué comme personne (ou presque) n’évoque le dernier album du Wu-Tang Clan ? Vu l’importance du groupe et le fait que ce disque est présenté comme son ultime, c’est étonnant. Mais on sait que vous êtes des gens intelligents et que vous avez compris le pourquoi de ce silenzio stampa. Pour les handicapés qui nous lisent : ce n’est pas qu’il soit mauvais, il est juste insignifiant ce A Better Tomorrow. Ce commentaire trouvé sur le Net résumait d’ailleurs bien la situation: "Seriously, why don't they just move to China, actually do Shaolin shit and make a WTC album based on that? it worked for New Order's Ibiza adventure."

Dans cette optique, le simple fait qu’un des membres du groupe n'ait même pas attendu une semaine pour sortir son nouvel album solo en dit long sur ce qu’il a dû investir en temps et motivation dans A Better Tomorrow. En même temps, autant vous le dire tout de suite : si le sixième album du Wu ne mérite pas votre temps de cerveau, il n’en va pas de même pour ce onzième solo de Ghostface Killah, le membre du crew dont l’œuvre personnelle s’inscrit le plus dans la longévité – parce que bon, ce n’est plus sur Method Man ou le GZA qu’il faut compter en 2014.

On le sait, on s’assagit avec l’âge, on devient une personne plus réfléchie - même les rappeurs, oui. Et si le poids des années ne réussit pas toujours à certains, on se doit de reconnaître que pour Tony Starks c’est une vraie bénédiction : ce vieillissement en futs de Hennessy nous fait découvrir une nouvelle facette de son personnage de emcee, moins versatile et imprévisible certes, mais concentré sur des projets thématiques de toute première bourre. En effet, si des albums comme Supreme Clientele ou Fishcale restent les moments les plus forts de la carrière de Ghost, ce dernier est revenu l’année dernière à son meilleur niveau sur 12 Reasons to Die, disque choral et cinématique orchestré par le compositeur Adrian Younge.

Cette fois, c’est au groupe soul The Revelations que Ghostface Killah a confié la production d’un disque forcément très organique, et tout au long duquel il nous compte une histoire de vengeance - c'est l'histoire du retour de Tony Starks à Staten Island après neuf ans d'absence, où il aspire à une vie tranquille qu'il ne va pas trouver. Mais attention, l'occurrence du mot soul ne doit pas vous induire en erreur. Car toutes l'intelligence de The Revelations, c'est d'avoir véritablement appréhendé 36 Seasons comme un projet hip hop nourri à la soul, et non l'inverse. Cela donne un disque aux grooves tranchants comme des lames de samouraï, pensés pour coller aux flows de vieux briscards des invités - AZ, Kool G Rap ou Pharoahe Monch.

Mais ce qui surprend le plus sur 36 Seasons, c'est la manière avec laquelle Ghostface Killah se fond dans le récit. Pour un emcee qui prend généralement énormément de place, il est étonnant de le voir se mettre de la sorte au service du projet, quitte à ne pas en être l'élément central, la star incontestée. Certains diront que c'est la preuve que notre homme a perdu de sa superbe, on leur répondra qu'on y voit là de l'intelligence: Ghostface Killah a certainement conscience qu'il n'a plus l'agilité et la folie de ses 20 ans, mais il compense en jouant habilement sur ses forces. En tout cas, avec ce onzième album, le mec boucle l'année de bien belle manière avec un disque qui servirait presque de mise en bouche avant un exercice 2015 qui s'annonce particulièrement alléchant, avec la sortie d'un album avec BadBadNotGood et un autre, dans les tuyaux depuis des plombes, avec MF DOOM. Le Wu est mort, vive Ghostface Killah.

Le goût des autres :

note : 88/10Amaury L note : 77/10Aurélien note : 77/10Maxime