#10
Skeleta
Ghost
Depuis 15 ans, Ghost perpétue la réputation d’usine à tubes qu’a la Suède avec des albums qui ne sont “que” des collections de titres d’une efficacité redoutable et d’une intelligence rare. Sur ce sixième disque, le groupe de hard rock réalise une sorte d’hommage perpétuel à la musique qui a compté pour lui (Judas Priest et Kiss notamment), avec une efficacité rare. Une nouvelle démonstration de l’irréversible montée en puissance de Ghost, pour qui le sens du spectacle et de la démesure sont toujours au service d’une musique parfaitement calibrée, joliment référencée et surtout très très bien branlée.
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#9
Algorithme
TH
Si le 30 novembre 2022 marque la date de sortie de ChatGPT, 2025 aura été l'année où cette thématique sera rentrée dans l'ère du mainstream. Il aura fallu toute l’habileté du rappeur TH pour pirater le logiciel du rap hexagonal et lui injecter cette nouvelle ligne de code. Si le béotien pourra se retrouver quelque peu désarçonné lors de la découverte du rappeur de Bondy, le plaisir n’en deviendra que plus grand par la suite tant celui-ci vient remettre en cause les schémas actuels du milieu rap. Flow saccadé, spleen débordant, imagerie qui emprunte autant aux grands ensembles qu’à la Silicon Valley, productions ultra-synthétiques font de TH un immanquable de cette année 2025. Une vision résumée en une formule succincte "C'est plus l'destin qui fait les choses, c'est l'algorithme".
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#8
caroline 2
caroline
Au cas où vous n'auriez pas reçu le mémo des gens de goût(e mes disques), les collectifs musicaux ressemblant à des chorales mormones sont incroyablement in. L'exemple que nous appelons à la barre cette fois-ci est caroline. Après un sublime premier album qui avait fait faire caca culotte aux fanatiques de folk expérimentale et de post-rock crescendo-core, les Londoniens ont rehaussé le niveau sur II. Bien que plus pop et accessible, l'album n'en est pas moins confondant d'inventivité dans la manière d'aborder les fruits du labeur de l'improvisation. C'est méticuleusement produit et beau comme un coucher de soleil sur les terrils. Notons aussi la présence d'un feat avec Caroline Polachek pour une équation caroline².
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#7
Mydnight
Myd
Ce road trip avec le pied sur l'accélérateur, conté par l’un des plus gros cool guys de la musique française, a le charme un peu désuet de ces disques de musique électronique de la fin des années 90 / début des années 2000, capables de séduire tous les publics - y compris les plus exigeants. Difficile de ne pas tomber amoureux de cette house solaire qui prouve que même si Myd reste un homme bien de son époque, ce n’est jamais au détriment de la qualité d'une musique qui se bonifie avec le temps.
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#6
Sinister Grift
Panda Bear
Quelques mois avant le décès de Brian Wilson, Panda Bear sortait avec Sinister Grift tout simplement le plus beau disque d’hommage qu’on puisse imaginer. Harmonies rêveuses, orchestrations subtiles, absolument tout y est, dans ce qui ressemble à la plus belle contrefaçon des Beach Boys que vous pourrez trouver sur le marché. Et, comme pour le quintette américain, le paysage idyllique sert également ici à mettre en musique les pensées sombres et les angoisses existentielles de l’ancien roi des cool kids, lui dont les étés semblent sur ce disque plus ressembler à Aftersun qu’à l’été sans fin.
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#5
Lonely People With Power
Deafheaven
Ce sixième album consacre une des discographies les plus intéressantes du metal moderne. Un album qui rappelle que Deafheaven n'a jamais vraiment quitté la table. Non, ce groupe-là mute simplement au gré d'un parcours infiniment libertaire, calibré uniquement sur l'émotion de ses membres, sur l'impermanence de leurs envies. Le plus grand fuck jamais adressé à l'étroitesse d'esprit et à l'esprit de caste, une ode à la musique libre de tous ses mouvements et à l'exploration d'une émotion sans limite.
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#4
All The Quiet Pt. 1 & 2
Joe Armon-Jones
Sur une scène ‘cool uk jazz’ qui peine parfois à trouver un second souffle, Joe Armon-Jones aurait tout à fait pu se satisfaire du succès amplement mérité de son Ezra Collective, plébiscité autant par ses pairs que par un public en totale soumission. Malgré la coolitude totale qui s’en dégage, All The Quiet ne choisit jamais la facilité, et aligne les chausse-trappes que la claviériste, ici bandleader, contourne avec décontraction et virtuosité. Et si c’était lui le nouveau boss de ce jazz jeu britannique ?
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#3
Hideous Aftermath
Sanguisugabogg
Cela sonne assez étrange dans notre bouche, mais Sanguisugabogg a finalement écrit son premier classique avec Hideous Aftermath. La bande de gymbros catapultés en haut des charts en jouant une version un peu Temu de Cannibal Corpse a simplement pris la mesure de son gigantesque potentiel, et a amené sa recette brutaliste à un nouveau standard de composition comme peu de groupes l'ont fait de manière aussi radicale. L’effort est clairement plus intellectualisé, enfin aussi loin qu'on puisse aller avec du brutal death à consonance slam, et la formation la plus coconne de la scène a mué en un bulldozer de créativité pour coucher toute la concurrence sur son terrain. Un disque de gamins qui ont désormais bien grandi.
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#2
PRETTY DOLLCORPSE
Ptite Soeur, Femtogo et neophron
Le projet le plus pauvre musicalement parlant de Ptite Soeur et Femtogo sera donc le plus marquant de leur jeune carrière. Car si les productions de neophron sont moins inspirées que d’habitude, le contenu lyrical du disque est tout bonnement une des plus grosses claques qu’on ait pu entendre depuis longtemps. D’un début du disque assez classique en matière de dissidence pour les deux artistes (« J'prie chaque jour un peu plus pour la mort de Papacito »), le ton change du tout au tout à la moitié du disque, pour explorer l’enfer de leurs vécus. Grooming, viol, prostitution, rien ne sera épargné, mais ce qui aurait pu être simplement un disque ne valant que pour son effet de choc se révèle être un des plus beaux exutoires de l’année, tant la résilience et l’affirmation de soi des deux artistes est bouleversante.
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#1
GOLLIWOG
billy woods
Tous les albums de billy woods sont différents, et pourtant tous fonctionnent comme la nouvelle pièce d’un puzzle qui trouve aisément sa place dans la discographie de l’excellente moitié d’Armand Hammer. Et GOLLIWOG d’être autant le prolongement d’un riche corpus qu’une énième curiosité dont on a trituré les aspérités pendant toute l’année écoulée. Ce disque est un dédale, et le seul moyen d’en sortir vivant est de suivre billy woods aveuglément pour éviter de se faire dévorer par les affreuses bestioles qui hantent son cerveau. Loin des jumpscares de fêtes foraines, le rappeur travaille les ambiances malsaines et évoque la paranoïa d’une Amérique post 11/09 malade de son impérialisme, accompagné d’un casting qui mélange collaborateurs 5 étoiles et parfaits inconnus. Si billy woods n’est potentiellement toujours pas au sommet de son art, GOLLIWOG élève son géniteur au rang de messie dont les sombres prophéties racontent autant la complexité de sa propre existence que les turpitudes du monde dans lequel nous essayons tous d’avancer.
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