Dossier

2025 en 20 albums

par la rédaction, le 6 janvier 2026

À un niveau « macro », 2025 fut une année comme on en connaît régulièrement : pleine de bons disques, mais aucun qui ne se détache suffisamment pour faire l’unanimité sur le Slack de la rédaction. Cela ne veut pas pour autant dire qu’on n’est pas fiers de ce top, ou que le disque qui y trône tout en haut ne le mérite pas. C’est même tout le contraire : il vient couronner une carrière jusque-là irréprochable, et on est fiers de l’avoir couronné. Mais cette année, il nous aura manqué un GLOW ON, un Topical Dancer ou un album à côté duquel on est tous passé (oui, ça arrive) pour faire la différence..

À un niveau plus micro, ce fut une drôle d’année. L’équipe est plus soudée que jamais, et l’aventure GMD toujours aussi riche de sens. Seule ombre au tableau : collectivement, on a passé plus de temps à essayer de suivre le rythme effréné de nos « vraies vies », à boire des coups dans des bars de Paris et Bruxelles, ou à refaire le monde sur des groupes WhatsApp plutôt que de surcharger notre CMS en contenus. 

À l’arrivée, la productivité globale n’aura pas toujours été au rendez-vous – ou en tout cas pas à un niveau qui nous satisfait. Parce que nos quotidiens ont un impact sur le temps qu’on veut bien consacrer au site, certains genres ont pu sembler en retrait, là où d’autres ont connu une exposition qui peut sembler exceptionnelle. Est-ce problématique ? Pas vraiment. Est-ce que ça va changer cette année ? On est incapables de vous le dire. Une seule certitude cependant : on sera toujours là dans douze mois pour faire le bilan de l’exercice 2026.

#20

Observance

Primitive Man

Observance est sans doute le disque définitif de Primitive Man, avec son amas de guitares sourdes et dissonantes, ses beuglements protégés par l'UNESCO, sa batterie qui tape à 800 bars par centimètre carré et sa guitare basse qui roule entre toutes les lignes comme une moissonneuse-batteuse de la haine. Primitive Man finit d'accomplir la mission qu'il s'était donnée en lançant sa carrière en 2013 : convoquer toute la haine du monde dans un disque dont rien ne sort.

#19

Baby

Dijon

Sous le feu des projecteurs grâce au Swag de Justin Bieber, Dijon réussit à transformer l’essai sur son deuxième album Baby. A mi-chemin entre Prince, D’Angelo, et Eric B ou Jazzy Jeff, l’américain fait cohabiter les styles et les influences dans ce très beau disque de bedroom R&B hypersensible. Et là où l’on aurait pu imaginer une superproduction bien lisse suite à son entrée en fanfare dans le mainstream, Dijon signe au contraire un disque délicieusement imparfait dans son exploration de la paternité, rempli de lumière et de chaleur humaine.

#18

Blown

​​TTSSFU

Le premier album de la mancunienne ​​TTSSFU est tout simplement un splendide foutoir, le résultat d’une création amateur, foutraque, volontairement à rebours. S’il est limité dans sa technique, intégralement enregistré sur GarageBand, ce disque est par contre complètement débridé dans ses 7 titres qui convoquent les Strokes pré-premier album et explosent à la gueule de l’auditeur. Alors qu’elle risque de faire beaucoup parler d’elle dans les prochaines années, ce disque bordélique est aussi le témoignage d’une fragilité, d’un doute qui auront bientôt disparu, happés par le professionnalisme, le métier, les responsabilités et les attentes. Profitons-en.

#17

Batakari

Ata Kak

Ata Kak est retombé sur sa boule à facettes et son canon à confettis. 31 ans après le coup d’éclat Obaa Sima, il revient avec un EP qui reprend les choses exactement là où il les avait laissées, quelque part entre Grandmaster Flash, Stevie Wonder et Ebo Taylor. Dans une époque où les comebacks sont plus travaillés qu’une frappe de KDB, on a pris un plaisir fou à recroiser la route d’un artiste qui n’a jamais rien eu à prouver, mais tant de choses à nous donner.​​

#16

Never Enough

Turnstile

Ça y est, Turnstile n’est plus (vraiment) un groupe de hardcore, et on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’était pas leur plan depuis le début. S’il va consommer le divorce avec une partie de leur fanbase, Never Enough peut par contre leur ouvrir les portes du mainstream, lui qui lorgne plus du côté de Phoenix et Johnny Marr plutôt que Madball et Hatebreed. Très léché, parfaitement maîtrisé, ce disque qui sonne parfois comme un GLOW ON 2 avec quelques claviers discutables ressemble par contre vraiment au crime parfait.

#15

II

Voices From The Lake

Le projet le plus élégant de la techno est de retour. 13 ans après le premier volume, Donato Dozzy et Neel reviennent avec 45 minutes (sur la version mixée) de voyage en pleine jungle, de grands tourbillons dub et de kicks propulsifs au fur et à mesure que l’aventure progresse. Comme sur le premier volume, les coutures entre les morceaux sont invisibles, la narration est aux petits oignons, les ambiances de maladie tropicale et de mysticisme sortent tout droit des films de Herzog, et chaque choix de sound design pue la classe. Une nouvelle grande odyssée deep techno en somme, à la prestance digne du Pitti Uomo.

#14

#Twilight Override

Jeff Tweedy

Cela faisait quelques années que l’on avait perdu foi en la capacité de Jeff Tweedy à élever son niveau de songwriting pour lui faire retrouver ces sommets auxquels il nous avait habitués avec Wilco pendant une vingtaine d’années. A dire vrai, avec le recul, on se demande même pourquoi on a lancé Twilight Override, triple album enregistré avec ses fils Spencer et Sammy. Car qui en 2025 a encore autant de temps à consacrer à un artiste dans lequel il / elle ne croit plus vraiment ? Autant de questions auxquelles on n’a plus besoin de répondre. Twilight Override le fait à notre place, avec une élégance, une finesse et une sincérité qui nous rappellent ce que l’on avait oublié : Jeff Tweedy est bien l’un des plus grands songwriters américains de ce siècle. Et du siècle dernier avec, allez.

#13

Birthing

Swans

Ce disque de Michael Gira sera-t-il vraiment le dernier ? Si tel est le cas, l’Américain peut partir tranquille, tant Birthing est d’une profondeur inégalée et coche toutes les cases de l’oraison funèbre. Sur pas loin de 120 minutes, ce disque se vit en effet comme un lent voyage vers l’au-delà et multiplie les expériences sensorielles, passant de l’immersion à l’apesanteur, du chaos au sublime, du vide à l’infini, avant un ultime moment d’apaisement. Vous avez dit indépassable ?

#12

Ego Dissolution

Ancient Death

Ego Dissolution est tout simplement un très beau disque de metal. Ancient Death trouve son équilibre dans un jeu puissant, mesuré et technique, entre death psychédélique extrêmement mélodique, doom en arrière-plan et légèrement thrash quand il faut rendre la chose plus flamboyante. Une œuvre cohérente dans toutes ses signatures rythmiques et dans ses allers-retours narratifs, le tout magnifié par un travail vocal fascinant, désabusé et rempli de l’énergie des désespérés. Un premier album mis en place avec une humilité déconcertante et une force vive digne des plus grands.

#11

Swag

Justin Bieber

Avec son septième LP, Justin Bieber a achevé de briser le masque de superstar hors-norme et inatteignable dont il se plaignait dans l’outro de son précédent album. SWAG, plus intimiste et créé avec quelques-unes des stars montantes du Bedroom R&B que sont Dijon, Mk. Gee et Eddie Benjamin, apporte une vitalité tout à fait inédite à sa discographie. Sur des productions épurées et scintillantes, sa voix douce et puissante chante la parentalité, l’amour, la dévotion et ce faisant, humanise plus que jamais auparavant, l’une des personnalités musicales les plus populaires du 21ème siècle.